Le texte Hadopi n’a pas encore terminé sa course et les débats reprendront Lundi à l’assemblée nationale. Mais même s’il venait à être voté et passait le conseil constitutionnel, il ne sera probablement pas appliqué pour des raisons essentiellement techniques. A noter quand même, cette tentative d’amendement en commission des lois pour ouvrir à la surveillance des fichiers joints dans les emails, qui frise la nausée sans que les grands penseurs de notre époque ne s’en émeuvent publiquement. Un au moins, sauve les autres, Jacques Attali, toujours lui, je suis désolé mais j’en vois peu d’autres publier autant de tribunes de qualité sur la question. Car alors que les défenseurs de la licence globale sont encore vus à tord comme des gauchistes collectivistes, il est bien le seul aujourd’hui à faire vraiment douter les décideurs. Grâce à lui la SACEM se pose enfin les bonnes questions, suivie également ces derniers jours par des labels indépendants qui ont enfin compris qu’ils seront exclus de la licence globale que les majors se préparent à mettre en place à leur seul profit.
Jacques Attali qui avait expliqué et écrit depuis bien longtemps qu’on ne pourrait pas vendre durablement du fichier musical à l’unité, annonçait dernièrement dans une vidéo et sur France Info chez Jerome Colombain, que les majors allaient bientôt soutenir une forme de licence globale à leur propre avantage. Et en effet, cette semaine dans l’Express, Monsieur Jean Bernard Levy , PDG de Vivendi Universal, confirme en demandant solennellement que la loi Hadopi soit votée afin qu’il puisse développer sa licence globale à lui : l’abonnement musical illimité. « Tout notre travail consiste à offrir des services de qualité que les gens sont prêts à payer. Directement en les achetant, indirectement avec de la publicité, ou en regroupant différents services, tel un abonnement internet qui permet l’accès à la musique. » Il y a peu, Pascal Nègre, PDG d’Universal Music France déclarait dans un débat : « la licence globale ça existe déjà ce sont nos offres illimitées ! ». De fait les trois autres majors sont également sur le coup, car voilà une forme de licence globale intéressante pour ces sociétés, puisqu’elle exclut du marché encore davantage que le disque, les labels indépendants et les artistes indépendants. Et qu’elle permettra aux majors de définir eux-mêmes la part de rémunération des créateurs sur les chiffres d’affaires générés. Ce qui ne serait pas le cas d’une licence globale institutionnalisée par la loi, et gérée par les sociétés de gestion collectives des auteurs et interprètes.
Le gouvernement a décidé de représenter le texte Hadopi le 29 Avril. Mme Albanel, ministre de la culture a même envisagé sa démission en cas de remise en cause du texte après son rejet par l’assemblée. Malgré un appel à manifestation réelle le samedi 25 Avril, l’opposition des internautes et celle de l’opposition politique qui semble désormais prête à se servir de ce thème de campagne pour les européennes , cela ne suffit pas visiblement à faire changer d’avis le président de la république très remonté après cette humiliation. Mais le problème principal auquel nous sommes confrontés lorsque nous proposons une solution de type « contibution créative, taxe FAI ou licence globale » est que même les adversaires des solutions de répression ont du mal à matérialiser cette logique. Car ils pensent tout de suite à un système collectiviste .Voici donc quelques réponses aux principaux arguments de ceux qui avec sincérité souvent, sont inquiets de ce qu’ils considèrent à tord comme un changement complet de paradigme qui remettrait en cause de manière trop brutale l’équilibre actuel des filières de la musique et du cinéma. Et qui semblent ignorer que, à moins de supprimer Internet, ce nouveau support de communication va bouleverser encore d’autres filières sans que des études économiques approfondies n’en aient encore vraiment mesuré les incidences chiffrées.
Après le chapitre complet en pdf concernant l’exception culturelle, les éditions Pearson/Village Mondial me permettent aujourd’hui de vous faire partager le chapitre : Sélection et rareté artificielle : le pouvoir de dire « oui ». Je pense en effet que cette question est centrale dans les débats actuels. Car ce qui crée une économie de la musique capable de se régénérer, c’est la rareté des talents sélectionnés dans la masse des productions. Hors, les Majors du disque ont substitué depuis une quinzaine d’années cette rareté réelle du talent par une rareté artificielle, une sélection aristocratique et marketing, qui justifie à elle seule que les artistes prennent désormais en main eux-mêmes la sélection des professionnels parmi eux, comme c’est le cas dans la majorité des métiers.
La révolution musicale - Nov 2007-Pearson/Village Mondial- Philippe Axel- Extrait pdf: Sélection et rareté artificielle
Les 12 et 13 Mars l’Assemblée Nationale a débuté les débats sur la loi hadopi qui se poursuivront le 30 Mars. Le rapporteur de la loi et la ministre de la culture ont donné un avis défavorable et donc, provoqué les votes de rejet des députés de la majorité sur une série d’amendements qui pourtant, auraient pu améliorer le sort des vrais créateurs, c’est-à-dire les artistes. Prouvant ainsi que cette loi n’a strictement rien à voir avec leur défense. Voici la liste des amendements rejetés avec à chaque fois mon explication, et le lien vers le site de l’Assemblée où vous pourrez les vérifier vous-même. A noter que certains de ses amendements avaient été pourtant déposés par des députés de la majorité.
Quand j’avais 13 ans, l’âge de mon fils, je me souviens de cette expression typique du sud de la France entre Montpellier et Marseille. On appelait certains garçons des « piches ou pichous» et certaines filles des « pichettes ». Cette distinction affectueuse était culturelle. Elle désignait celles et ceux qui avaient peur de réfléchir de peur de se claquer un neurone.Celles et ceux qui adoptaient une culture facile faite de films de baston, de chansons faciles à comprendre, d’alcool bon marché, de vulgarité assumée, de mobylettes bruyantes et de bling bling aussi bien dans les dessins approximatifs d’un maquillage bizarre, que dans le pantalon de survêtement réglementaire ou la coupe de cheveux la plus affreuse possible pour effrayer les moineaux. Aujourd’hui en 2009 c’est leur triomphe. Hier l’Assemblée Nationale a étudié une loi exigée par les deux rois de la culture piche : Luc Besson et Pascal Nègre. A la demande, il est vrai, du pape de la culture piche, installé désormais à l’Elysée. La France est bien devenue une Italie de Berlusconi comme une autre…Un pays ou les pichous font la loi, à l’Assemblée Nationale comme dans la cours de récré.
La loi Création et Internet passera à l’Assemblée Nationale début Mars et elle ne résoudra rien comme le souligne ce dossier complet publié par la quadrature du Net. La solution est connue depuis longtemps, depuis l’origine même des droits d’auteurs. Faire payer pour les usages lucratifs des œuvres artistiques et les laisser circuler librement dans le cadre non lucratif. Mais au fait, comment faire la différence entre le lucratif et le non lucratif ? Cette distinction est courante dans le droit. Elle se retrouve à de nombreuses reprises dans nos lois. Par exemple, comme nous le verrons ici, dans le Code Général des Impôts (pour la TVA, la taxe sur les jeux et spectacles ou la taxe professionnelle) , dans le Code du Travail (concernant la définition du salariat déguisé) ou le Code des Collectivités Territoriale (pour la participation au financement des transports urbains).Il n’y a donc aucune raison que le Code de la Propriété Intellectuelle ne pratique pas également cette distinction dans la perception des droits d’auteurs et la définition de la contrefaçon numérique, sinon privilégier une vision exclusivement industrielle de la culture ignorant le principe européen d’exception culturelle .
Que le consommateur veuille tout et tout de suite, la gratuité totale et l’accès immédiat aux œuvres musicales, ce n’est pas une surprise. Il est formé en cela (et je m’inclus dans le lot) depuis des années par la pub, les programmes de télévision basés sur l’étalage de la réussite sans effort, des fortunes faciles entrainant la disparition de la notion même de mérite que plus personne ne comprend. Le premier vecteur de cette culture a été l’industrie musicale, principale culture populaire, qui a érigé de simples consommateurs en stars de la musique, pour créer une identification plus large sur le modèle du loto national. Et c’est cette même industrie aujourd’hui, alliée à la SACEM et la SACD, qui veut elle-même tout et tout de suite au Midem 2009 : la contrefaçon numérique, la vente de fichiers numériques, l’Hadopi, les crédits d’impôt, les aides directes de l’état, la copie privée, les redevances et les taxes. Qui départagera les consommateurs et les industriels ? Les députés ce mois de Mars dans le cadre de l’étude du projet de loi “Création et Internet”. Qui favoriseront-ils ? Les industriels qui soutiennent leurs activités politiques ou les électeurs/citoyens/ internautes/consommateurs qui les élisent ?
Impossible d’échapper en ce moment à la chanson de Britney Spears « Womanizer », sinon habiter sur une autre planète. Je viens de l’écouter ce matin sur deezer.com où la musique est gratuite, légale et où l’on peut pratiquement tout écouter aujourd’hui. Comment ne pas être impressionné par le son, le travail de mixage et même l’efficacité redoutable du refrain. Cette petite voix de blonde ingénue perdue qui s’habille comme une pro mais qui ne veux pas faire l’amour avec un « womanizer » démasqué. C’est-à-dire un « homme à femme » si vous préférez. Je t’ai démasqué, dit la chanson, tu es un homme à femme et tu ne m’auras pas, en gros c’est ça… Tout est séduisant dans cette chanson pur fruit du marketing culturel. Sauf peut être le fait de chercher en vain le nom du parolier et celui du musicien. Je n’aime pas trop ça (au passage sur Deezer, aucune référence aux auteurs des chansons) … Cette chanson n’a été écrite par personne, sinon par notre époque. Elle en a les marques à la fois de l’efficacité et du cynisme.
J’étais totalement passé à côté de ce livre stupéfiant (dans tous les sens du mot) qui date de 2004. Corinne Rousset a travaillé 7 ans comme attachée de presse chez Universal. Lorsqu’elle a réalisé que sa santé mentale était en danger et qu’elle participait à un véritable délire collectif, elle a eu la lucidité de poser ses impressions sur papier en même temps que sa démission. Au risque confirmé depuis, de sacrifier sa carrière prometteuse… C’est sous la forme d’un roman qu’elle réglait alors ses comptes, plus qu’avec des personnes, avec tout un système qui avait trahis sa passion sincère pour la musique. Bien sûrs, l’exercice est contestable, par le risque toujours présent dans ces cas là, même en transformant les noms des protagonistes, de blesser des individus et leurs familles. Mais ce livre est salutaire dans le sens où il est utile pour tous ceux qui, passionnés de musique, se posent aujourd’hui la question du téléchargement sur Internet. J’aimerais bien quand même que lisent ce livre, ces messieurs et dames qui luttent actuellement, par des projets de lois absurdes, aux côtés de quelques patrons de majors du disque dans leur inexorable course à la concentration en quelques groupes surpuissants. Tout comme d’ailleurs Madame la ministre de la culture qui paradait récemment au bras de l’un d’entre eux dans une parodie de débat à l’université d’été de l’UMP. Car ils auront une idée plus précise de la culture populaire qu’ils défendent et de ceux qui la portent.