Jun 28 2009
Repose en paix Michael
Le rebelle qui s’exprime sur ce blog et qui peste contre les dérives de l’industrie du disque est un enfant de la télé qui a passé son adolescence à donner des coups de pieds et des coups de hanches en l’air devant la glace en imitant Michael Jackson.
D’ailleurs j’avais écris un article en Juin 2005 titré « I love you Michael », alors que je pressentais déjà le pire pour lui devant le gâchis de ses pulsions auto-destructrices.Je me contenterai dans cet article de témoigner simplement de la manière dont cet artiste a pénétré mon inconscient comme des millions d’autres êtres humains sur cette planète. Quelques fans s’y retrouveront peut être. Michael Jackson était un vrai grand artiste, capable de transmettre une énergie incroyable, j’ai eu par ailleurs la chance de le voir en concert en août 88 à Montpellier.
Ce sont des tas d’images qui me reviennent à propos de Michael Jackson. 1982, je dois déménager de Montpellier vers Amiens, la Picardie. Sous le toit ma chambre d’ado assez solitaire de 14 ans, l’âge de mon fils aujourd’hui, j’écoute les « radios pirates » au casque et j’enregistre les titres sur mon radio-cassette minable.
Napster et The pirate bay n’ont décidément rien inventé.
Ma guitare est alors au placard, écœuré par le solfège. Un soir sur une station qui devait s’appeler Radio Amiens il me semble, j’entends pour la première fois Billie Jean. Je suis convaincu que c’est une femme qui chante. Le titre grimpe très vite à la première place des hits des radios FM, porté par le clip. Je n’aime pas trop la chanson et je ne connais absolument pas alors, les années Motown des Jacksons five, alors que pourtant, mon père m’avait élevé avec Les Temptations, Marvin Gaye et Stevie Wonder, parmi ses nombreux albums aux styles très éclectiques.
Je pense avec le recul que l’industrie du disque considérait sans doute les Jacksons five comme un groupe d’enfants dont la cible commerciale était les enfants noirs américains, et qu’il était donc vain de tenter de le promouvoir en Europe. Leur musique était pourtant fantastique.
A l’époque j’écoute surtout les Beatles, Telephone, Earth Wind and Fire, Pink Floyd, Supertramp et les Stray Cats. Je suis un habitué des enfants du rock, l’émission de Dionnet et Manœuvre. Je lis Rockn’folk. Cela doit être d’ailleurs dans cette émission que je vois pour la première fois le clip de Billy Jean. Et puis vient Beat It, avec le solo de gratte de Van Halen. Et alors là…ça tourne en boucle sur mon magnetophone, le clip m’impressionne vraiment. Il m’est arrivé assez rarement dans ma vie de faire tourner un titre en boucle plusieurs fois de suite. Celui-là, ce fut le cas, comme « the girl is mine » qui viendra juste après Thriller.
Je n’ai jamais acheté l’album Thriller alors que je l’ai pourtant consommé . J’ai très peu d’argent de poche alors, et je squatte la chaine hifi de mon père qui ne me la prête que sur autorisation, quand il est là, de peur que je ne la casse. Je pompe donc ce que j’écoute à la radio. Le seul album que j’achète à cette époque est celui de Lionel Richie : « Can’t slow down ». Thriller, je le copie sur cassette chez un copain l’été suivant dans un magnetophone à deux cassettes et donc, prévu pour cela, sans risquer la déconnexion EDF par la Hadopi de l’époque ou une poursuite pour contrefaçon magnetique. Il tourne alors en boucle quelques temps, mais surtout pour Beat it et The girl is mine.
Je reviens assez vite au rock et je crée un groupe sur Amiens dans la lignée de Telephone. En 84, le choc Purple Rain, le film de Prince, le son de sa guitare me prends au corps, jusqu’à me motiver à travailler ma musique en solitaire, à apprendre à jouer aussi des claviers, à arranger mes chansons seul. Je suis resté un grand admirateur de Prince, frère jumeau de Michael dans la filiation musicale commune avec James Brown, le maître.
C’est plus tard que je suis revenu à Michael, lorsque j’ai découvert la cassette vidéo du 25 ème anniversaire de la Motown, la plus belle émission musicale de tous les temps, la cassette vidéo que j’ai le plus regardé je crois, jusqu’à casser la bande.
Et puis en aout 88, juste libéré de mon service militaire, je rejoins mon frère à Montpellier, avec qui j’avais vu le mois d’avant le premier concert de la tournée Lovesexy de Prince à Bercy, pour le concert de Michael Jackson au stade Richter, qui a été rasé depuis pour laisser place à une nouvelle université et des bureaux. Impressionné évidement par le showman. Le public étant halluciné de le voir, incrédule, à Montpellier, lui le super héros planétaire d’alors. J’avoue que musicalement, par rapport à Prince, tout me semblait trop lisse, quasiment séquencé.Par conte le showman était là. Cet été 88 était assez fort quand j’y repense…
Je me surprend encore aujourd’hui de temps en temps à danser comme Michael pour faire rire mon fils, qui est un peu triste depuis l’annonce de la disparition de celui qui le faisait rêver aussi par les extraits d’émissions et de concerts que je lui montre depuis plusieurs années. Michael Jackson restera le symbole du meilleur artistiquement, mais aussi du pire humainement, que peut produire le star système américain. Quand je le voyais à la télé ces derniers temps je disais à mon fils : « ça va mal finir », j’avais pitié de lui.
C’est ce que je ressentais déjà en 2005 quand j’écrivais cet article, où je soulignais par ailleurs sa dimension historique non négligeable dans sa meilleure période : celle de la Motown jusqu’à l’album Off The Wall, pour moi de loin son meilleurs. Avec une des chansons les plus géniales de tous les temps: “don’t stop till you get enough”, impossible de ne pas bouger les pieds, à moins d’être complètement insensible aux battements de coeur.
Il va nous manquer d’autant que ce n’est pas avec les buses que sont Timberlake ou Britney Machin que l’on va assurer la relève.






