May 01 2009

Nous sommes déjà dans l’après-Hadopi

Publié par Philaxel at 22:32 under Industrie du disque

Le texte Hadopi n’a pas encore terminé sa course et les débats reprendront Lundi à l’assemblée nationale. Mais même s’il venait à être voté et passait le conseil constitutionnel, il ne sera probablement pas appliqué pour des raisons essentiellement techniques. A noter quand même, cette tentative d’amendement en commission des lois pour ouvrir à la surveillance des fichiers joints dans les emails, qui frise la nausée sans que les grands penseurs de notre époque ne s’en émeuvent publiquement. Un au moins, sauve les autres, Jacques Attali, toujours lui, je suis désolé mais j’en vois peu d’autres publier autant de tribunes de qualité sur la question. Car alors que les défenseurs de la licence globale sont encore vus à tord comme des gauchistes collectivistes, il est bien le seul aujourd’hui à faire vraiment douter les décideurs. Grâce à lui la SACEM se pose enfin les bonnes questions, suivie également ces derniers jours par des labels indépendants qui ont enfin compris qu’ils seront exclus de la licence globale que les majors se préparent à mettre en place à leur seul profit.

J’ai vécu ces deux dernières semaines professionnelles comme les plus riches de ma (déjà longue)  carrière dans les Nouvelles Technologie dans  le cadre d’une mission de consulting pour la société Items International. J’ai rencontré quelques uns des plus grands industriels et chercheurs de la région parisienne. Et bien que l’Hadopi ne fût pas le propos, j’ai compris que certains étaient déjà entrain de travailler sur des innovations qui préparent, à la fois le remplacement de l’actuel CD/DVD, et la détection non intrusive de l’usage des œuvres sur la toile permettant une rémunération juste des créateurs par des transferts de ressources .

J’ai eu le temps quand même de jeter un œil à quelques articles sur cette actualité et de regarder une partie des débats Hadopi de mercredi soir en streaming. J’ai remarqué surtout la sortie la semaine dernière d’un numéro du journal professionnel Musique Info hebdo (qui n’a pas été publié sur web c’est bien dommage) , distribué notamment au printemps de Bourges, avec un entretien croisé  Laurent Petitgirard (président de la SACEM) et Jacques Attali. Dans ce texte les propos de Laurent Petitgirard laissent entendre de manière claire que la SACEM travaille déjà à une solution de transfert de ressource des opérateurs Internet et mobile vers la création.

Et puis, il y a eu cette tribune de Patrick Zelnick, le patron du label indépendant le plus important : Naive, qui va également dans ce sens, appelant à la création d’une table ronde tournée vers l’avenir. Appel relayé par Jacques Attali sur dix propositions publiées sur le site Slate.fr. Et enfin, est venu un texte rageur des vrais petits indépendants et des disquaires dans le même sens.

J’ai noté aussi dans cette période qui redonne beaucoup d’espoirs,  la remarque essentielle à mes yeux de Christian Paul, député de la Nièvre,  dans son discours de jeudi soir à l’assemblée nationale, rappelant ce qu’est l’exception culturelle, expression employée à tour de bras et détournée de son vrai sens par Frederic Lefebvre ou Denis Olivennes par exemple, pour justifier l’Hadopi.

Monsieur Paul a rappelé que l’exception culturelle, c’est justement les financements mutualisés et interventions de l’état telles que le prix unique du livre, la copie privée, les quotas radio ou le financement du cinéma par les télévisions, qui n’ont pas fait disparaître les industries culturelles, mais qui les ont probablement sauvé.En refusant les solutions de type licence globale au nom d’un prétendu collectivisme, c’est peu à peu tous ces transferts de ressources vers la création qui seront remis en question au niveau européen par les partis les plus libéraux.

Il ne restera plus alors aux auteurs que les yeux pour pleurer quelques miettes à deux ou trois majors contrôlés peu à peu par des capitaux étrangers  par le jeu des économies d’échelle.

J’appelle donc moi aussi, très modestement, mes amis à soutenir l’idée de la création d’une table ronde pour dépasser très vite ce débat stérile qu’a été celui de l’Hadopi.

3 de réponses to “Nous sommes déjà dans l’après-Hadopi”

  1. Michelon 02 May 2009 at 1:48

    Cher Facebook Friend (ça se dit ?) et collègue informaticien,

    Je me permets de prendre un peu de ton temps pour te conter pourquoi j’ai fait la Cause http://causes.com/hadopi : je ne suis pas, à mon regret, musicien, mais ai une culture musicale, disons, au-dessus de la moyenne, pour plusieurs raisons :
    - je suis le petit-fils d’un musicien du Hot Club de France (les jazzmen connaissent) disparu pendant la guerre ;
    - je suis le père d’un auteur-compositeur-interprète en cours de lancement ;
    - je suis l’oncle d’une auteur-compositeur-interprète en cours de lancement ;
    - je suis également oncle d’un pianiste lancé et reconnu ;
    - je suis amateur pas trop mauvais en guitare, batterie, percussions.

    Les trois jeunes sus-mentionnés souhaitent vivre de leur musique, mais pas au prix d’un pays mis sur écoute. En particulier les deux auteurs-compositeurs-interprètes sont, comme dirait Carla, “ravis d’être téléportés” puisque cela leur permet de faire connaître leurs oeuvres.

    Ils souhaitent tous vivre sur un mode dans lequel un nouveau type de SACEM fera payer plus cher les représentations publiques et ne chassera pas l’auditeur en respectant une présomption d’innocence qui n’existe que rarement chez nous malgré la loi et dans lequel la répartition sera plus profitable aux artistes, y compris aux interprètes.

    Ils ne veulent ni payer ni faire payer à leurs amis les obligatoires frais de mutation d’une industrie sclérosée.

    Les majors sont fdans une position de vache à lait qui se transforme en poids mort (cf. matrice du B.C.G.). Mais ils n’ont pas utilisé leurs produits financiers pour renouveler leur offre.

    Or, le renouvellement de l’offre n’est pas obligatoirement les 90% de médiocres pilonnés par la Star’Ac ou les Nouvelles Stars. Elle consiste également à penser ce que font les indépendants que tu cites, ainsi qu’à repenser les supports.

    Pour cela il faut se doter des compétences nécessaires en marketing stratégique, sans faire appel aux “experts” positionnés chez les majors (P. Nègre ou D. Olivennes sont des exemples de personnes à qui ne pas poser une telle question) .
    Et poser au public les vraies questions :
    - comment veut-il acheter la musique ?
    - quel est le prix acceptable ?
    - quel est le meilleur support (disque, carte mémoire, téléchargement) ?
    - quels sont les packagings favoris ?
    - quelles idées-forces de développement pour cette industrie ?
    etc.

    Car pour l’instant, on va droit au mur.

    On est bien arrivés à expliquer aux gens que les pirates étaient des méchants qui allaient obliger les gens à payer pour les vacances de Johnny et la “création”.

    Ce sera plus difficile une fois la loi passée d’expliquer à Mme Duduche qu’elle ne pourra plus faire ses recherches d’emploi sur internet parce que son voisin aura téléchargé le dernier volet de Matrix sur BitComet ou qu’elle risque la prison parce qu’elle a envoyé un Dario Moréno (qu’elle est enfin arrivée fièrement à transférer en numérique avec sa platine sur USB) en pièce jointe sans savoir que son e-mail serait lu…

    Dommage que beaucoup de “geeks” se soient crus malins d’afficher qu’ils arriveraient à continuer à pirater (Mme Duduche trouve scandaleux de voler le pain des artistes !) ou que l’adresse I.P. n’est pas une preuve (Mme Duduche, en bourgeoise gente dame qu’elle est, utilisait une adresse I.P. sans le savoir !). Il aurait été plus malin de lui faire comprendre qu’elle ne pourrait plus raconter ses blagues coquines à ses copines sans que l’oeil de Christine n’arrive dessus…

    Non, il ne faut pas laisser passer HADOPI si on peut y arriver…
    Le futur j’aime bien. Pas à la “Minority Report”, toutefois…

    (et ça va nous coûter une fortune, en plus)

    Bien à toi,
    Michel.

  2. Philaxelon 07 May 2009 at 9:30

    Communiqué de presse de l’ADAMI le 6 Mai
    http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2009/05/06/01011-20090506FILWWW00597-hadopi-l-adami-agacee.php

  3. Philippe DUPUIS aka WXEBENTERTAINERon 11 May 2009 at 9:08

    Effectivement, nous sommes déjà dans l\’après HADOPI, loi inefficace et inapplicable. C\’est aujourd\’hui que se prépare les modes de rémunération de demain et il va se soi que la licence globale, à la condition expresse qu\’elle rémunère chaque artiste en fonction de l\’exploitation de ses oeuvres, est à ce jour LA meilleure solution qui permettra à toute la filière de la musique enregistrée de sortir de l\’ornière.
    Mais comme l\’explique très bien Jacques ATTALI, il est nécessaire et indispensable que tous les acteurs s\’emparent dès aujourd\’hui de cette mesure plutôt que de la laisser aux mains d\’officines privées aux mains des majors, FAI et telcos qui n\’en feraient usages qu\’à leur propre profit.

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