Apr 17 2009
Tout le monde est désormais pour la licence globale, à son profit !
Jacques Attali qui avait expliqué et écrit depuis bien longtemps qu’on ne pourrait pas vendre durablement du fichier musical à l’unité, annonçait dernièrement dans une vidéo et sur France Info chez Jerome Colombain, que les majors allaient bientôt soutenir une forme de licence globale à leur propre avantage. Et en effet, cette semaine dans l’Express, Monsieur Jean Bernard Levy , PDG de Vivendi Universal, confirme en demandant solennellement que la loi Hadopi soit votée afin qu’il puisse développer sa licence globale à lui : l’abonnement musical illimité. « Tout notre travail consiste à offrir des services de qualité que les gens sont prêts à payer. Directement en les achetant, indirectement avec de la publicité, ou en regroupant différents services, tel un abonnement internet qui permet l’accès à la musique. » Il y a peu, Pascal Nègre, PDG d’Universal Music France déclarait dans un débat : « la licence globale ça existe déjà ce sont nos offres illimitées ! ». De fait les trois autres majors sont également sur le coup, car voilà une forme de licence globale intéressante pour ces sociétés, puisqu’elle exclut du marché encore davantage que le disque, les labels indépendants et les artistes indépendants. Et qu’elle permettra aux majors de définir eux-mêmes la part de rémunération des créateurs sur les chiffres d’affaires générés. Ce qui ne serait pas le cas d’une licence globale institutionnalisée par la loi, et gérée par les sociétés de gestion collectives des auteurs et interprètes.
Mêmes les majors du disque (Universal, EMI, Warner et Sony-BMG) sont désormais favorables, sans toutefois l’avouer, à la licence globale, car elles ont enfin compris que l’on ne pourra pas bâtir l’avenir de la filière musicale sur la vente du fichier numérique à l’unité. Il aura fallu attendre près de 10 ans pour que ces gens payés très chers pour gouverner et donc prévoir, en arrivent à cette conclusion après avoir comparé le fichier musical à un steak chez le boucher, une baguette de pain ou une confiserie. Vieux motard japonais mieux vaut tard que jamais dit le proverbe, à la bonne heure, celle de la toile, nous y sommes enfin.
La licence globale d’Universal , c’est par exemple un abonnement illimité chez l’opérateur SFR, et cela tombe bien, c’est la même maison ! Il s’appelle le Pass musical live à 12€ par mois.
Pour les abonnés à Orange il faudra attendre un peu pour écouter l’oeuvre complète de Calogero parce que Vivendi et Orange ne sont pas trop copains en ce moment…D’ici qu’ils arrivent à un accord, Orange sera peut être lui-même déjà producteur de disques et Universal Music s’appellera peut être SFR Music. Vu que chez Vivendi, les télécoms (Internet et Mobile) c’est 14,1 milliards d’€uros par ans de CA alors qu’Universal Music c’est 4,6 , on voit bien là où est passée la valeur en quelques années.
D’autres licences globales de ce type existent déjà, cette fois par des accords avec les fabricants de matériels . Nokia par exemple avec son service “comes with music” ou Sony-Ericsson avec Playnow Plus.Avec parfois des abonnements incluant des musiques de plusieurs majors mais uniquement des majors bien surs.
Car la différence entre une licence globale institutionnalisée par la loi et celles que proposent aujourd’hui les majors, c’est que moi Philippe Axel, artiste indépendant, dans un cas , je suis rémunéré et pas dans l’autre…Tout comme Mr Frèrebeau , président des labels (in)dépendants, qui n’a toujours rien compris au scénario qui va l’exclure aussi.A moins qu’il ne propose lui-même un abonnement de 12€ par mois s’ajoutant à celui d’Universal pour les labels indépendants…
Avant cela, pour exclure les labels indépendants, la méthode était un peu différente mais tout aussi efficace : élever le niveau d’entrée sur le marché par le coût de la promotion (clips, pubs, passages radios/télé etc.) et de la distribution (qui a poussé les derniers labels indépendants à signer des contrats de distribution avec les majors). Là, ce sera carrément plus facile, il suffira de ne pas les inclure dans les accords contractuels entre majors, opérateurs et abonnés.
Monsieur Jean Bernard Lévy dans cette même interview de l’Express cette semaine fait référence aux Etats-Unis où « ce mouvement se développe bien » selon lui. Aux Etats-Unis sachez-le, les trois autres majors (EMI, Warner et Sony-BMG) soutiennent en ce moment l’expérience du consultant Jim Griffin, qui propose la mise en place d’une licence globale pour les universités en échange de l’arrêt des poursuites pour téléchargement illégal. « Une société de perception et de répartition à but non lucratif, baptisée Choruss, a d’ores et déjà été créée, qui libérerait à la fois les droits d’édition et sur les masters, et que trois des quatre majors - à l’exception d’Universal Music pour l’instant – se disent prêtes à rejoindre. Cette SPRD assurerait également la répartition auprès des labels indépendants. » nous expliquait en décembre dernier le mag en ligne Electron libre.
Avec mon ami Philippe Astor, nous sommes actuellement invités par Jim Griffin à suivre les évolutions de cette expérience, merci à lui. Et la difficulté qui apparait, est justement que les majors souhaiteront probablement rester maîtres de la gestion des fruits de cette licence globale, et qu’il n’est pas du tout évident que les labels indépendants soient associés à Choruss, et encore moins les artistes indépendants.
Deux questions donc:
Jusqu’à quand les sociétés de gestion collectives , qui auraient dû logiquement porter ce projet de licence globale et en gérer ensuite la perception et la répartition au nom de tous les auteurs et interprètes , supporteront-elles de perdre une à une leurs prérogatives de défenses des créateurs au profit des industriels ? Ces derniers obtenant même, par la loi, sans opposition aucune, aujourd’hui en France, des amendements leur permettant d’avoir leurs propres agents assermentés pour la surveillance des œuvres sur la toile . (1)
Jusqu’à quand les artistes se laisseront-ils lésés par des licences globales dont ils ne contrôleront pas la répartition ? Quand se réveilleront-t-ils enfin pour défendre vraiment leurs droits et leurs intérêts ? Évidement, ce n’est pas facile quand on a un patron qui peut faire de vous un exclu du professionnalisme musical en claquant des doigts et qui vous propose de signer des pétitions fantaisistes.
(1) L’ADAMI et la SPEDIDAM avaient soutenus la licence globale dès 2006.Je m’adresse donc plutôt à la SACEM et à la SACD par exemple, qui semblent trouver cela amusant en ce moment de se tirer dans leurs propres pieds.
2 de réponses to “Tout le monde est désormais pour la licence globale, à son profit !”







Bien vu mon cher Philippe.
Une LG fonctionnerait si on ‘l’ont pouvait co-gérer les revenus entre les auteurs, les interprètes et les producteurs. Je crois que l’usine à gaz est là. Dans la “fabrication” de cette entité qui à 3 vision et 3 intérêt divergeant.
T’ajoute à ça la crainte que la LG soit vue comme “un impôt injuste” (voir les critiques de la taxe pour copie privée actuellement) et t’as une raison supplémentaire du manque de motivation des sociétés civiles pour porter le projet.
J’avais été surpris en discutant avec un gros label Indépendant qui commence par N de voir comment le label était persuadé que ce genre de “LG privée” pouvait leur être favorable. C’était l’offre Universal / 9 cégetel (illimité avec DRM)
Il y a 2 ans de cela, j’étais pas convaincu. Aujourd’hui, je le suis encore moins.
Autre point intéressant, comment la création de LG “privée” va donné naissance à de drôle d’offre tuyau/contenu assez inédits.
mieux motard japonais toi même (elle était aussi ridicule qu’énorme celle là)
La licence globale ne sera bénéfique pour tous les acteurs de la filière de la musique enregistrée que si c\’est une mesure publique (vs une ou plusieurs initiatives privées) et qu\’elle permet techniquement une rémunération juste et exacte de chaque exploitation d\’oeuvre musicale pour chacun des ayant-droits.