Jacques Attali qui avait expliqué et écrit depuis bien longtemps qu’on ne pourrait pas vendre durablement du fichier musical à l’unité, annonçait dernièrement dans une vidéo et sur France Info chez Jerome Colombain, que les majors allaient bientôt soutenir une forme de licence globale à leur propre avantage. Et en effet, cette semaine dans l’Express, Monsieur Jean Bernard Levy , PDG de Vivendi Universal, confirme en demandant solennellement que la loi Hadopi soit votée afin qu’il puisse développer sa licence globale à lui : l’abonnement musical illimité. « Tout notre travail consiste à offrir des services de qualité que les gens sont prêts à payer. Directement en les achetant, indirectement avec de la publicité, ou en regroupant différents services, tel un abonnement internet qui permet l’accès à la musique. » Il y a peu, Pascal Nègre, PDG d’Universal Music France déclarait dans un débat : « la licence globale ça existe déjà ce sont nos offres illimitées ! ». De fait les trois autres majors sont également sur le coup, car voilà une forme de licence globale intéressante pour ces sociétés, puisqu’elle exclut du marché encore davantage que le disque, les labels indépendants et les artistes indépendants. Et qu’elle permettra aux majors de définir eux-mêmes la part de rémunération des créateurs sur les chiffres d’affaires générés. Ce qui ne serait pas le cas d’une licence globale institutionnalisée par la loi, et gérée par les sociétés de gestion collectives des auteurs et interprètes.
Les habitués de mon blog savent que j’ai été l’un des premiers français à donner un concert en direct dans Second Life (c’est bien de se la péter de temps en temps). Je ne le fais plus depuis un moment déjà, quelque peu lassé par cet univers qui n’a pas tenu toutes ses promesses. Mais il m’arrive encore d’y trainer parfois et je suis toujours aussi attentif à l’évolution de ce programme et de sa concurrence, car je considère que le 21ème siècle est là. J’ai découvert aujourd’hui sur le nouveau site de Wolkam http://universvirtuels.jellyfeed.com une vidéo de conférence assez passionnante que je souhaite partager avec vous. Il s’agit de la conférence “L’invasion des avatars” organisée par la SCAM (Association de protection de droits d’auteurs). Dans une première partie Alain Lediberder , le créateur visionnaire de l’ancêtre de Second Life, le deuxième monde, nous propose un petit historique des communautés virtuelles. Et avec son talent habituel d’économiste de formation, il ouvre au final sur des questions essentielles concernant les droits d’auteurs dans le futur. En deuxième partie, un graphiste pro, Yann Minh , développe quelques théories assez passionnantes sur le sens que l’on peut trouver aux expériences dans cet univers virtuel. J’ai beaucoup aimé ses explications sur les motivations à s’exprimer dans cet univers, sa théorie sur les “femmes guerrières” et sa définition de la « narcose-narcissique » par exemple. Lui aussi ouvre à la fin de son intervention sur certaines interrogations au sujet des droits d’auteurs du futur. Bref, un document passionnant qui nous rappelle que nous sommes encore à la préhistoire des bouleversements que la toile va occasionner dans les décennies à venir, quand les obstacles techniques à l’immersion totale dans les cyber-mondes seront levés.Grrrrrrr….
Le gouvernement a décidé de représenter le texte Hadopi le 29 Avril. Mme Albanel, ministre de la culture a même envisagé sa démission en cas de remise en cause du texte après son rejet par l’assemblée. Malgré un appel à manifestation réelle le samedi 25 Avril, l’opposition des internautes et celle de l’opposition politique qui semble désormais prête à se servir de ce thème de campagne pour les européennes , cela ne suffit pas visiblement à faire changer d’avis le président de la république très remonté après cette humiliation. Mais le problème principal auquel nous sommes confrontés lorsque nous proposons une solution de type « contibution créative, taxe FAI ou licence globale » est que même les adversaires des solutions de répression ont du mal à matérialiser cette logique. Car ils pensent tout de suite à un système collectiviste .Voici donc quelques réponses aux principaux arguments de ceux qui avec sincérité souvent, sont inquiets de ce qu’ils considèrent à tord comme un changement complet de paradigme qui remettrait en cause de manière trop brutale l’équilibre actuel des filières de la musique et du cinéma. Et qui semblent ignorer que, à moins de supprimer Internet, ce nouveau support de communication va bouleverser encore d’autres filières sans que des études économiques approfondies n’en aient encore vraiment mesuré les incidences chiffrées.
Il existe très peu de cas dans l’histoire de la 5ème république de textes de lois rejetés au dernier moment contre une majorité parlementaire. Ce fut le cas pourtant aujourd’hui même du texte de loi souhaitant instaurer l’Hadopi. Après un passage en commission mixte paritaire qui avait encore durci le texte, et après une validation à la va-vite d’un sénat décidément paresseux, ce n’est pas une légende, les députés présents ce jeudi 9 avril 2009 conduits par quelques républicains exemplaires, ont envoyé un signal fort au gouvernement en rejetant la loi avant même son passage devant le conseil constitutionnel. Je jugeais très sévèrement dans mon article précédent la quasi désertion de l’assemblée sur cette question qui me semble majeure de notre temps. Je m’inquiétais en effet de l’exemplarité de la France pour l’Europe et les Etats-Unis qui nous attendent sur cette question. Cet événement n’est-t-il pas un signe évident supplémentaire du peu d’enthousiasme que ce projet suscite y compris dans les rangs de la majorité ? Espérons à présent que le gouvernement ne s’obstine pas à vouloir passer en force par le chantage et l’intimidation dans quelques semaines. En attendant pour le plaisir, petite distribution de bons points à trois députés qui l’ont vraiment mérité.
MAJ: le 9 avril 2009.Le texte après révisions par un Comité mixte paritaire devait repasser au vote aujourd’hui à l’Assemblée nationale. Et à la surprise générale il faut bien l’admettre, il a été rejeté par les députés présents ! Un revirement incroyable que nous raconte le site Numerama en attendant de revoir les images… http://www.numerama.com/magazine/12594-URGENT.html
J’ai suivi les débats de l’assemblée en direct sur Internet et j’ai même eu la chance d’assister à une session le Lundi 30 Mars sur les balcons. D’après le ministère de la culture les opposants au texte de loi Hadopi n’étaient que « 5 gus dans un garage ». Hier soir ils n’étaient pas beaucoup plus nombreux à voter la construction d’une usine à gaz administrative digne du film Brazil de Terry Gilliam : l’Hadopi. Ils étaient 16. Parmi eux tout au long des débats seulement 7 députés, Martine Billard (les verts), Patrick Bloche (PS), Christian Paul (PS), Jean Dionis du Séjour (Nouveau Centre), Lionel Tardy (UMP) Franck Riester (UMP, rapporteur de la loi) et Alain Suguenot (UMP) ont vraiment débattus sur le fonds de chaque amendement avec compétence. Quelques autres étaient présents pour se montrer en intervenant sur quelques amendements, ou comme Frédéric Lefebvre (UMP), pour contrôler que les quelques députés appelés là pour lever la main au bon moment ne s’endorment pas. Un triste spectacle démocratique pour des milliers de jeunes qui ont fait sauter à plusieurs reprises le serveur de streaming vidéo de l’assemblée.