Mar 19 2009
La révolution musicale, chapitre complet en pdf : l’exception culturelle
Les éditions Pearson/Village mondial m’autorisent très aimablement la publication sur mon blog de deux chapitres complets de mon livre La révolution musicale paru en Novembre 2007. Ce premier chapitre intégral en PDF est la définition de ce que l’on appelle l’ « exception culturelle », le deuxième chapitre mis en ligne traitera de la “selection et de la rareté artificielle”.Des concepts essentiels derrière toutes les batailles actuelles sur Internet. Ce terme est en effet galvaudé actuellement dans les débats sur la loi Hadopi. On y parle généralement de l’ «exception culturelle française » à propos de notre système de financement du cinéma. Mais vous constaterez dans ce texte que la définition de l’exception culturelle est plus générale encore, et qu’elle n’est pas typiquement française mais qu’elle concerne l’enjeu international primordial de ce que l’on appelle : « la diversité culturelle ». Le projet de loi Hadopi va à l’encontre de ce principe, car il se place contre tout transfert de ressource indirect (licence globale, taxe FAI, redevance etc.), favorisant une vision purement industrielle du fichier numérique culturel.
La révolution musicale - Nov 2007-Pearson/Village Mondial- Philippe Axel- Extrait pdf: L’Exception culturelle
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J’ai entendu en effet à plusieurs reprises Mr Olivennes, Mr Lefèvre ou Mme la ministre Albanel argumenter de la nécessité de la mise en place de l’Hadopi pour « défendre l’exception culturelle française ». Ils résument ainsi l’exception culturelle au système mis en place par la ministre de la culture d’alors Mme Catherine Tasca dans un décret de 1990 dont wikipedia nous rappelle le contenu:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Exception_culturelle
Le décret TASCA du 17/01/1990 pose deux types de quotas pour le cinéma et l’audiovisuel :
* des quotas de production qui imposent aux chaînes de télévision d’investir 3,2% de leur chiffre d’affaire annuel à la production d’œuvres cinématographiques ou audiovisuelles françaises et européennes. 2,5% de ces 3,2% doivent être alloués à des œuvres EOF (Expression Originale Française). Exception de 9% pour Canal+.
* des quotas de diffusion qui imposent aux chaînes de consacrer 60% de leur temps d’antenne pour des œuvres européennes, dont 40% d’œuvres EOF(initialement le texte prévoyait 50%, mais sera modifié en 92 à la suite du mécontentement de nos voisins européens par rapport à ce décret).
* La loi en date du 01/02/1994 applicable dès le 01/01/1996 impose des quotas aux radios françaises quant à la diffusion des titres francophones. Cette loi fixe un taux de 40% de programmation d’œuvres crées ou interprétées par des francophones, dont 20% sont des nouveaux talents durant les heures d’écoute significative.
Rappelons que cette taxe des télévisions vers le cinéma finance actuellement pour moitié notre production de film. Cette logique est bien celle d’un transfert de ressource indirect vers la production d’œuvres, dans la même logique que la licence globale par exemple. Les adversaires de l’Hadopi demandent en effet aujourd’hui que les FAI par une taxe du même type ou les consommateurs par une redevance participent au financement des œuvres diffusées sur Internet (à noter que les deux ensembles sont possible aussi). Dès lors, la logique de « contrefaçon numérique » stricte est bien la logique inverse. Elle a pour origine un livre blanc des industries culturelles américaines adressé en 96, à l’administration Clinton, pour l’encourager à conserver, et c’est de bonne guerre, leur dominance sur le marché de l’audiovisuel en le libéralisant, c’est-à-dire en interdisant toute aide indirecte pour le financement des œuvres en langues locales. Pour cela, il s’agissait de résumer le fichier musical par exemple, à sa seule dimension économique, et donc favoriser sa vente à l’unité comme un produit comme un autre. (1)Dans ce sens, l’Hadopi est une trahison économique des combats pour l’exception culturelle menés à l’Unesco sous François Mitterrand et Jacques Chirac à qui il faut accorder d’avoir combattus tous deux énergiquement pour ce principe.
(1)
C’est ce que pense aussi visiblement ce journaliste d’Electron libre:
Hadopi est un cheval de troie américain
ElectronLibre
09 mars 2009
http://www.lesnumeriques.com/news_id-7993.html
6 de réponses to “La révolution musicale, chapitre complet en pdf : l’exception culturelle”







Oui mais de toute façon on ne pourra pas mettre des quotas de chanson française sur Internet ?
Très bonne remarque.On ne va pas pouvoir en effet imposer à deezer ou Youtube de tels quotas. Par contre, l’enjeu est de pouvoir encore demain, soutenir notre production.Si tel n’est pas le cas, les sociétés américaines contrôleront demain la totalité du marché. Par le jeu de ce que l’on appelle “les économies d’echelle”. Il est plus facile de rentabiliser la vente d’un CD ou d’un fichier numérique musical en langue anglaise, qu’en langue française.Tout simplement par la différence du nombre de clients potentiels auquel on s’adresse.C’est pourquoi le seul marché ne suffit pas à soutenir notre production de films par exemple, que l’on est obligé d’aider par une taxe sur les télévisions.
“Une économie d’échelle correspond à la baisse du coût unitaire d’un produit qu’obtient une entreprise en accroissant la vente de sa production. On parlera ainsi d’économie d’échelle si chaque bien produit coûte moins cher à produire lorsque les quantités produites (économies d’échelle par rapport au coût de production) ou vendues (économies d’échelle par rapport au coût de revient) augmentent.”
http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89conomie_d%27%C3%A9chelle
Dit moi si je me trompe mais l’exception culturelle ne s’appelle-t-elle diversité culturelle depuis 2000/2001 quand le combat franco-français de l’eception culturelle (dans la négo des accords du gatt) est devenu la diversité culturelle à l’UNESCO (ce qui, soit dit en passant pète plus que rue Valois et a permis aux mexicains de mettre en place un prix unique du livre chez eux).
Ca change un peu tout de favoriser la diversité plutôt que sa prod locale.
C’est cool que tu mettes 2 chapitres en ligne, je n’avais rien à lire pour le week end !
Merci Fred !
l’exception culturelle c’est le principe économique par lequel l’Unesco souhaite défendre la diversité culturelle.
http://portal.unesco.org/culture/fr/ev.php-URL_ID=18683&URL_DO=DO_TOPIC&URL_SECTION=201.html
Et cela a débouché en effet sur une “convention sur la diversité culturelle” dont je parle dans le texte et qui a été voté à la quasi unanimité des pays du monde…sauf les Etats Unis .
http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/20051021.OBS2946/
Qu’on s’entende bien, ce n’est pas un combat contre la culture américaine, c’est juste pour continuer à soutenir les productions locales.Et les américains de leur côté, il faut les comprendre.C’est juste un de leur premier poste d’exportation et donc d’entrée de devises étrangères…
toutafé, important de rappeler que la diversité culturelle n’est pas contre les USA (il y a même des défenseurs sur le territoire US) mais la volonté à avoir une production variée dans chaque pays. L’aspect marchand et le business que ça représente (tant en dollars qu’en image de marque pour le pays) est au coeur de tous les enjeux.
Ca m’a profondément énervé d’entendre les députés défendre cette périmé exception culturelle qui, à mon sens est porte bien mieux son nom avec “diversité culturelle”. enfin…c’est comme ça….
L’émergence de l’Asie (et particulièrement de la Chine et de l’Indes pour le cinéma, mais aussi du Brésil pour la musique) va fortement modifier la donne les prochaines année.
Promis, j’en reparle bientôt sur http://www.digitalmeme.fr dès que j’ai monté les vidéos du MIDEM !
“défendre cette périmé exception culturelle”.Attention Fred, ce concept est loin d’être périmé c’est tout l’objet de ce chapitre de l’expliquer.Encore une fois ne pas confondre la finalité: la diversité culturelle et le moyen : l’exception culturelle.