Feb 24 2009
L’effet papillon des millionnaires de gauche
Alors que l’actualité braque ses projecteurs sur une vente exceptionnelle d’objets d’arts de la collection de Pierre Bergé, constatons que les millionnaires de gauche sont des papillons d’une espèce rare dont les battements d’ailes auront sans doute, dans les années qui viennent, des effets déterminants sur l’avenir du monde. Ils constitueront sans doute à eux seul un 6ème pouvoir, ne serait-ce que par le simple fait de financer le 5ème : la presse.
Cependant que Pierre Bergé nourrit l’actualité d’une vente aux enchères exceptionnelle de sa collection, il ne souffre pas en France du regard critique que l’on réserve généralement aux millionnaires. C’est tout simplement qu’il utilise sa fortune depuis des années dans des combats de gauche. Et ceci, concrètement, c’est-à-dire par la création de journaux, le soutien direct à la création d’entreprises et donc d’emplois de personnes généralement engagées etc. C’est lui par exemple, qui finance actuellement les locaux de Ségolène Royal à Paris. Sans Pierre Bergé, le Parti Socialiste serait dans une situation encore pire qu’aujourd’hui, alors que l’essentiel de la presse et des médias en général, est dans les mains de millionnaires de droite. L’UMP n’aura jamais de mal à financer sa communication, à l’heure où pour faire carrière dans de grandes entreprises industrielles il est un passage obligé d’y prendre sa carte et de la doubler de celle du MEDEF. Les partis de droite européens ont très peu d’adhérents sincères, c’est juste là qu’il faut être pour trouver un bon job ou faire avancer son business.
Ces dernières années les trois derniers journaux importants de gauche ont entamés un virage à droite. L’Express subit les caprices de Serge Dassault, Libération appartient désormais à Edouard de Rotchild et Le Nouvel Observateur , après une étrange histoire de Sms a placé à sa direction générale le plus à droite des patrons de gauche : Denis Olivennes.
Dans la mesure où à l’heure de l’Internet, la presse va perdre de plus en plus d’argent, seuls des millionnaires engagés auront les moyens de la financer à perte. Et ils le font déjà, imposant en échange généralement une volonté d’y faire passer ouvertement leurs idées, comme c’est le cas de Serge Dassault par exemple, qui avoue souhaiter mettre fin aux idées de gauche, sources selon lui de tous les problèmes de la société française.
Constatons que le millionnaire est plutôt de droite. Car il faut avoir un sérieux sens de l’intérêt commun pour lutter contre ses propres intérêts personnels. Ainsi, en soutenant Ségolène Royal, Pierre Bergé lutte pour être davantage imposé sur sa fortune. Voilà ce qui fait la rareté de ces papillons exotiques.
On se souvient de Jean Baptiste Doumeng, dit le milliardaire rouge, qui avait fait fortune dans les années 70 dans le commerce agro-alimentaire avec les pays de l’Est. On a du mal à trouver aujourd’hui le successeur de John Lennon dans sa Rolls rose, finançant quelques groupes de gauche radicale et l’affichage de panneaux de publicité pendant la guerre du Vietman : « war is over, if you want !». Le premier était aussi un agent des renseignements français, heureusement pour lui, sinon il aurait subit comme le second un traitement de faveur par les services de renseignement. Attention, Millionnaire de gauche est également un sport risqué.(1) C’est celui rappelons-le, de deux héros fictifs et symboliques de la redistribution, qui sont eux mêmes sous les traits de leurs créateurs, riches et nobles: Zorro et Robin des Bois.(2)


Warren Buffet semble être le papillon le plus rare. A lui seul, il peut changer le monde. Avec son ami Bill Gates qu’il a convertit aux actions humanistes, ils injectent actuellement des dizaines de millions de dollars pour l’éradication de la Polio et la recherche de traitements du paludisme, de la tuberculose, de la malaria ou du Sida. A tous les deux ils sont aujourd’hui plus efficaces que l’OMS. Rappelons comme le faisait Yann Arthus-Bertrand il y a peu dans son documentaire 365 jours pour réfléchir à notre terre, que 4% de la richesse des 225 plus grandes fortunes suffiraient à assurer l’accès à une éducation,une alimentation correcte et des soins de base à toute la population de la planète.
Nous pouvons regretter le système dans lequel nous vivons qui produit des fortunes aussi indécentes. Personne ne peut se targuer de mériter une telle différence de traitement. Cela dit, tant qu’une gouvernance mondiale n’aura pas décidé d’un salaire minimum et d’un salaire maximum (même très élevé), le système produira de plus en plus de pauvres et de plus en plus de richesses pour une poignée de millionnaires, nous le savons.
Notre destin sera-t-il donc entre les mains de ceux qui parmi eux, auront une sensibilité à la redistribution plutôt qu’à l’accumulation et qui soutiendront directement des actions constructives dans ce sens ? L’avenir est-il aux millionnaires de gauche ?
(1) Je parle ici du fichage et de la surveillance de John Lennon par le FBI dont les dossiers ont été rendus publics il y a peu et pas de son assassinat dont on sait aujourd’hui qu’il est le fait d’un déséquilibré .
(2) Sous le masque de Zorro se cache un riche propriétaire terrien de Californie Espagnole: Don Diego de la Vega. Il se cache derrière un masque car il se bat contre ses propres intérêts, pour les pauvres. Robin des bois quant à lui est souvent présenté sous les traits d’un noble appelé Robin de Loxley ou encore Robert Fitz Ooth, comte de Huntington. Il se bat aussi contre ses propres intérêts, ceux de la couronne britannique, dont il détrousse les convois d’impôts destinés aux riches pour les redistribuer aux pauvres.






