Aug 26 2008

La révolution française n’est pas terminée

Publié par Philaxel at 10:36 under Politique et philo

C’est le titre du livre de Vincent Peillon, député européen PS, que j’ai lu dans le train de retour vers Montpellier. Un livre assez difficile, comme le sont très souvent les livres de philosophes. Ils vont au fond des choses, abreuvant leurs sillons de l’encre de leurs prédécesseurs. Mais le propos de ce livre est assez important pour m’avoir passionné de bout en bout. Car à l’heure où l’on se demande vers quelle gauche le PS va tourner, à l’heure du désert intellectuel du paysage politique français, il faut souligner les gens de valeur lorsqu’il y en a. Vincent Peillon sera peut être un jour,  notre président de la république, si la république redevient sérieuse et le peuple exigeant. Ou bien alors, si l’on demeure dans la tradition de conditionnement médiatique et d’aristocratie financière initiée par la génération Silvio Berlusconi, George Bush, Nicolas Sarkozy ou Arnold Schwarzenegger,  ce sera plutôt Benoit Poelvoorde, c’est-à-dire le meilleurs de nos comédiens parmi nos cancres les plus fortunés.

Le livre commence par un recueil d’analyses critiques sur la révolution française. Vincent Peillon donne assez rarement son opinion personnelle, il faut pour cela attendre le dernier chapitre du livre où l’heure n’est pas non plus à la prospective politique, c’est un livre de philo pure. Il transparait quand même à mon sens, une trame générale que je vais essayer de résumer en quelques mots.

Les limites de la révolution française se trouvent dans le fait qu’elle n’a pas remplacé les religions. Ce qui explique ses soubresauts historiques. Elle n’a pas su imposer suffisamment de liens communs, c’est-à-dire de symboles, de rituels,  de cultes laïques pour créer les conditions d’une fraternité spontanée. Sans cette fraternité, la république peut être le terreau d’une « famine morale » qui peut conduire au désespoir et au cynisme total. En politique cela se traduit par exemple, par la corruption.

Sans  la fraternité, ce socle commun culturel,  la liberté et l’égalité deviennent contradictoires et s’affrontent (1). Car la liberté, c’est aussi celle d’accumuler les richesses, des rentes et des privilèges au détriment des autres. L’égalité des résultats et surtout, l’égalité des chances sont donc menacées par la liberté. Les socialistes français se sont trop concentrés sur l’égalité des résultats, impossible à atteindre, et pas assez sur l’égalité des chances. Les pensées politiques, au nom parfois de la république et de ses valeurs, se sont égarées vers deux écueils : le communisme et l’ultralibéralisme, qui n’ont fait qu’imposer des formes différentes d’aliénations, alors que le  but de la révolution française était l’émancipation de l’individu.

Dès lors, ce qui n’est pas terminé dans la construction de la république, c’est sa religion, c’est-à-dire au sens littéral, les liens qu’elle pourrait tisser entre nous et auxquels nous pourrions croire ensemble. Malgré certaines tentatives comme celle des positivistes par exemple, la religion républicaine n’existe pas. Il nous appartient donc, nous les républicains et démocrates d’aujourd’hui et des générations qui suivront, de créer des liens symboliques assez forts pour alimenter la fraternité. De considérer par exemple, la déclaration universelle des droits de l’homme comme un véritable texte sacré. (Ce n’est pas gagné, surtout quand on entend notre président de la république actuel parler de « droidelhommistes »)…Il appartient aussi aux politiciens de gauche, aux socialistes en particuliers, en priorité, de lutter pour l’égalité des chances et donc la sauvegarde de l’école laïque et gratuite, de l’accès de chacun à la formation, des services publics nécessaires à la compensation du libéralisme économique qui s’est imposé comme le système de gestion des ressources le plus efficace, tout en créant des injustices.

Je reconnais donc Monsieur Peillon comme étant de ma famille politique et philosophique. J’ai écris dans mon livre qu’une culture républicaine universelle était encore à bâtir et qu’elle passera par le premier vrai média planétaire : la toile. J’ai écris aussi  que c’est par la gratuité de l’accès aux ressources minimales permettant l’épanouissement des individus que s’exprimera la fraternité et que se créera les conditions d’une véritable égalité des chances, accompagnant  l’efficacité du marché dans la création des richesses.

Ce n’est donc pas un hasard pour moi de retrouver Monsieur Peillon comme un des rares députés européens français ayant signé la pétition contre la loi Hadopi, celle loi absurde qui est un frein placé par des ultralibéraux cyniques à la marche , dans le sens de l’histoire, vers la république universelle , qui passera nécessairement au préalable par la construction d’une culture universelle par la voie d’échanges symboliques libres.

(1)  Dans son livre Fraternités, Jacques Attali exprimait aussi cette thèse que la liberté et l’égalité sont contradictoires et que seule la fraternité peut recréer de l’ordre dans cette opposition. Pour Jacques Attali cette nécessité de fraternité et d’égalité des chances s’exprimera  demain par la gratuité, et notamment celle des échanges hors du marché sur la toile, permettant à la société de la connaissance de se développer.

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