juin 17 2008
Au sujet du débat Versac / Olivennes
J’avais loupé le débat Versac (Nicolas Vanbremeersch)/ Olivennes sur France Culture du mercredi 11 Juin que vous pouvez encore écouter ici.
http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/matins/fiche.php?diffusion_id=64015
Quelques remarques rapides…
D’abord je tiens à remercier Nicolas Vanbremeersch d’avoir rappelé la différence fondamentale entre les biens rivaux et les biens non rivaux qui est une clé essentielle de ce débat économique. Il a eu raison aussi de placer son argument sur une projection sur l’avenir, sur les nouveaux modèles économiques de la musique, plutôt que d’essayer de préserver des modèles anciens.
De son côté, Denis Olivennes a raison de dire qu’actuellement, la gratuité des échanges sur Internet n’est pas suffisamment créatrice de valeur pour permettre aux auteurs, producteurs et éditeurs, d’être rémunérés à la hauteur de ce que l’ancien modèle pouvait le faire. C’est justement là qu’il aurait dû proposer dans sa commission, de légiférer efficacement, en proposant un système de licence globale ou/et de licences légales sur les activités lucratives nouvelles qui profitent des échanges gratuits. En attendant, tout le monde perd du temps et donc beaucoup d’argent. Alors, il est vrai que Denis Olivennes explique qu’il voulait le faire, et alors qu’il allait exposer les raisons qui l’ont poussé à faire marche arrière, un intervenant lui coupe la parole, dommage. J’aurais bien aimé entendre les raisons pour lesquelles Denis Olivennes n’a pas proposé de système mutualisé de rémunération sur la toile, seule régulation efficace du marché des contenus non rivaux.
Je note de sa part des contradictions flagrantes, encore une fois, entre son livre « la gratuité c’est le vol » et son acceptation à présent du fait que, je le cite dans cette émission « la gratuité n’est pas un problème en soit, elle a toujours existé ».Sur le fait aussi qu’il défend à présent l’idée d’exception culturelle. D’ailleurs, il s’embrouille en expliquant que pour défendre l’exception culturelle il faut être répressif des échanges libres de musique sur la toile, contre la puissance américaine qui a choisit elle-même ce système répressif. Tout le monde sait que les USA, démocrates comme républicains, cherchent juste, et c’est de bonne guerre, à conserver le système passé qui a créé leur position de dominance sur ce marché.
J’ai entendu dans cette émission plusieurs erreurs factuelles à mon sens.
Nicolas Vanbremeersch a tort, et je le dis depuis longtemps pour ma part, de dire que les échanges gratuits de fichiers n’ont pas d’incidence sur les ventes de CD. C’est une évidence que la chute des ventes de CD provient des nouveaux modes de consommations irréversibles sur la toile. Parce que tout simplement, le CD est devenu un produit obsolète. En général quand dans une industrie, un produit devient obsolète, on en crée un autre. L’industrie musicale et celle du cinéma devront remplacer les CD et DVD par d’autres produits compatibles avec les échanges de fichiers gratuits sur la toile.Les industriels de la photo argentique ont dû fermer des usines, il existe bien une révolution économique du numérique.
Du côté de Denis Olivennes, je suis frappé par son extraordinaire mauvaise foi, n’hésitant pas à caricaturer continuellement les arguments de ses adversaires, masquant et transformant la réalité du projet de loi actuel. Par exemple, sur l’amendement Bono/Rocard, si on l’écoute, Michel Rocard serait incompétent sur le sujet. C’est absolument scandaleux. Michel Rocard a été le meilleurs premier ministre de notre pays et le plus compétent, c’est quand même pas rien. Ensuite, il travaille depuis des années sur ces questions, il est entouré des meilleurs spécialistes et il a ferraillé lui-même, les spécialistes s’en souviennent, contre le lobbying de Microsoft sur la brevetabilité du logiciel. Il sait très bien ce qu’il fait aujourd’hui dans la même logique de lutte contre un certain lobbying. Alors que Denis Olivennes, dans cette émission, lorsque Nicolas Vanbremeersch lui parle du travail de Lawrence Lessig par exemple, ne le connaît visiblement pas: « Si l’auteur que vous dites veut mettre ses œuvres gratuitement à disposition c’est son choix…» dit-il. Il aurait dû commencer par lire les travaux de l’auteur en question avant de se lancer dans cette aventure, c’était la moindre des choses quand on veut être compétent sur un sujet, de bien connaître les arguments de tout le monde.
Sur le texte Hadopi. Si on l’écoute dans cette émission, il ne s’adresserait qu’aux gros téléchargeurs, c’est faux. C’est justement un système massif de surveillance qui est souhaité. Lorsqu’il dit que les sociétés de gestion des droits d’auteurs peuvent déjà surveiller, il oublie d’expliquer que l’ALPA aussi, et depuis peu, grâce à un amendement scandaleux passé en douce au sénat, sur la loi sur la contrefaçon, qui a ouvert la voie de la surveillance par des sociétés privées. Le droit, s’il était bien fait, devrait donner aux sociétés de gestion collectives des droits d’auteur et à elles seules, le droit de surveiller uniquement les usages lucratifs qui sont fait des œuvres et pas les échanges des internautes dans le cadre privé.
Je m’arrête là ce serait trop long…
De toute façon la ministre de la culture ne pourra plus cacher le rapport très critique du conseil d’état qui s’ajoute à celui de l’ARCEP et de la CNIL. Le texte ne passera pas en l’état, c’est donc que le travail de Denis Olivennes était bâclé et anticonstitutionnel. De plus il sera parfaitement inutile pour empêcher des pratiques irréversibles, il le dit lui même dans cette émission. Je trouve que cela fait beaucoup quand même.
http://www.pcinpact.com/actu/news/44208-conseil-etat-hadopi-albanel-avis.htm
http://www.laquadrature.net/fr/avis-du-conseil-detat-reaction-de-la-quadrature







Juste un commentaire sur un billet dont je partage largement le ton et le fond. Je ne dis pas que l’internet ne tue pas le CD. C’est l’évidence même, le CD est un support voué à obsolescence.
En revanche, il y a des raccourcis qui me semblent trompeurs.
- un téléchargement, c’est une vente de CD en moins. Faux. Olivennes, d’ailleurs, le reconnait enfin, dans un mode lassé, en fin d’émission.
- le CA de la musique (en général) baisse ? Aucun chiffre ne le dit de manière claire (quid du CA des produits dérivés et nouveaux débouchés, quid de la fantastique augmentation des tarifs et de la fréquentation des concerts, sur lesquels aucune information n’est souvent disponible ?). Je veux bien avoir l’info.
- analogie disque=musique=revenus des artistes. C’est une manière scandaleuse de présenter les informations. La révolution numérique pourrait, oui, se traduire par une grande baisse de CA de l’industrie du disque. Pour autant, cette grande baisse n’est pas nécessairemet synonyme de baisse des revenus des artistes, dans un contexte de désintermédiation.
Pour l’inconstitutionnalité du texte, je doute qu’elle puisse être évoquée. Le texte, présenté demain, devrait arriver à la rentrée au parlement, au plus tôt. Si dans l’intervalle on ne va pas vers autre chose. Il manque pour cela une vraie participation d’internautes, en masse, aux Assises du Numérique.
Merci Nicolas.Tu as été très bon.
Le texte était inconstitutionnel avant les demandes de modifs par le conseil d’état.Puisqu’il demande à présent à la fois de passer par un juge, mais aussi une individualisation des peines. La punition collective n’est pas constitutionnelle, surtout pour 10 millions de personnes. Il va falloir sans doute par exemple, qu’ils ajoutent des amendes. les français vont adorer Sarkozy pour ça vous allez voir…Donc, si le ministère de la culture corrige ses fautes, alors peut être en effet qu’ils arriveront à un texte accepté par le conseil constitutionnel cette fois, mais ça va être très compliqué. Et en plus cela ne servira strictement à rien pour le but recherché.
A propos du conseil constitutionnel. Les adversaires du PS disent en ce moment que c’est à cause du PS si la DADVSI est revenu à la contrefaçon au lieu des amendes en 2006, parce que c’est le PS qui a déposé le recours au conseil constitutionnel. Que cela nous a privé de tester un système qui aurait marché etc. Mais franchement c’est se moquer du monde ! C’est quand même pas la faute du PS si le texte était contraire à la constitution quand même ! Il faut que ces gens réfléchissent un peu aux horreurs qu’ils disent et qu’ils écrivent dans des textes de lois avant de les soumettre au parlement quand même. Heureusement qu’il y a encore des gens sérieux dans notre pays.
C’était une petite parenthèse au passage…
Merci encore Nicolas.
Autre mensonge de Denis Olivennes dans cette emission radio, que j’ai oublié de souligner, c’est lorsqu’il affirme que la loi propose juste de déconnecter pendant 15 jours. C’est faux, c’est 6 mois à un an.Et là aussi, cela fait l’objet d’une recommandation du conseil d’état:
http://www.pcinpact.com/actu/news/44216-hadopi-conseil-detat-riposte-graduee.htm
A noter une tribune publiée hier par un collectif de députés socialistes. Contrairement à ce que redoute Guillaume sur Numerama, il y aura beaucoup plus d’aversaires de ce texte aux assemblées que les simples signataires de ce texte.Il y aura même des députés de l’UMP qui seront contre vous allez voir. C’est juste que lorsqu’on écrit une tribune, un article, on le fait en petit groupe.
http://www.liberation.fr/rebonds/332788.FR.php
http://www.numerama.com/magazine/9973-Les-socialistes-desunis-contre-la-loi-Hadopi.html
Je garde en résumé de cette émission le superbe “bon téléchargeur et mauvais téléchargeur de monsieur Olivennes. Dire que cette loi s’attaque qu’au grand vilain pirate qui télécharge des tonnes de fichiers mais n’attaque pas la copie privé par P2P (?????) c’est totalement ridicule. C’est comme dire que les radars automatiques s’attaquent qu’aux voitures rouges italiennes.
Autre point fort quand ils parlaient des FAI. Olivennes, pour justifier sa loi explique que les FAI s’enrichissent sur le dos de la piraterie. Juste question de versac sans réponses : Pourquoi ne taxez vous pas les fai plutôt que les internautes ?
Parce que le lobby des FAi est trop fort ? Parce que ça ressemble trop à une licence globale ?
Entre les 2 lectures et la mise en place technique estimée par les FAI à 9 mois, on vient de perdre un an et demi depuis l’ouverture de la mission Olivennes qui s’est trompé de chemin…Zut.
Très bon résumé de l’émission Philippe !