juin 16 2008
Acheter du son a-t-il du sens ?
C’est aujourd’hui le bac philo, bon courage Matthieu (il se reconnaîtra) ! Je crois qu’un des sujets du jour était : « L’art transforme-t-il notre conscience du réel ? ». Je ne vais pas m’y risquer ici rassurez-vous, bien que la philo m’ait sauvé à l’époque de mon bac à moi, j’ai eu 15/20 pas trop mal non ? Bon, ne me demandez pas ma note de mathématiques…bref, ceux qui vont passer le bac aujourd’hui n’écoutent plus de la musique ou des chansons, vous avez remarqué, ils écoutent des sons . « Acheter des sons » est une expression que je trouve riche de sens sur ce qu’ils sont. Et pour nous les musiciens, produire des sons que l’on consomme est aussi très riche de sens sur ce que nous sommes. ![]()
« Tu as quoi comme son dans ton mp3 ? »… « hey Kevin ! Viens écouter un peu ce son ! »… « Tout de suite sur Fun radio, le dernier son de Justin Timberlake ! Waow ! » etc.
Le son, c’est ce qu’il reste de la musique quand elle n’a plus de sens.
Le son c’est une sensation et ce n’est que cela. Il vous monte une vibration qui passe par le sexe et qui remonte au cerveau. Les infrabasses en boîte, le casque à fond sous la couette avec de la bonne electro, la tête dans les baffles dans une rave, ou dans un tank en Irak avec du Heavy Metal. Vouloir du son c’est être ce que nous sommes tous aujourd’hui profondément : des consommateurs. On mange du son comme on mange des maron-suiss’.
L’autre jour j’ai dis à mon fils à table
- Tu vois, il n’y aura plus jamais plus de révolutions.
- Pourquoi Papa ?
- Á cause des marons suiss’. C’est trop bon.
Il a recraché sa mousse par les narines de rire, mais j’avais raison non ? Après avoir consommé du son et des marrons suiss’, les consommateurs souhaiteront consommer de la dope, de la violence, puis des corps. Ils gagneront en sensations ce qu’ils perdront en sens.
Maintenant voyons un peu de notre côté les artistes. Produire du son, voilà une grande ambition ! « La gratuité c’est la négation de la valeur de la culture » dit-on. Pour moi, la négation de la valeur de la culture c’est plutôt vendre du son. Parce que la valeur de la culture c’est le partage du sens. Vous me suivez encore ?
Un peu de science physique à présent, je me souviens de mes cours de technicien du son. Chaque son subit la même contrainte: il nait, décroit, se maintien et disparait. C’est ce que l’on appelle la courbe ADSR (Attack, Decay, Sustain, Release).
![]()
Les artistes qui produisent du son subissent la même contrainte physique. Ils montent très vite dans les hits parades, ils descendent aussi très vite, ils se maintiennent quelques temps et puis ils disparaissent de la mémoire collective. Alors que les artistes qui produisent du sens obéissent à une autre courbe : Attaque, Decay, Sustain. Vous avez remarqué ? Ils se maintiennent même après leur mort ! C’est magique ! C’est ce que l’on appelle « la postérité ». Le saint graal de tout artiste.
Le bon éditeur a donc intérêt, s’il veut rentabiliser au maximum un catalogue, à se concentrer sur ceux qui produisent du sens. Car il suffit juste ensuite de leur donner du son.






