juin 09 2008

Le président des dépendants

Publié par Philaxel at 15:57 under Industrie du disque

Le 5 juin l’Union des Producteurs phonographiques Français Indépendants (UPFI) a choisit son nouveau président : Vincent Frèrebeau. Comme à la SACEM, il s’agit de faire en sorte que rien ne change. Les derniers gros labels indépendants, qui pour la plupart, ne le sont pas, puisqu’ils sont distribués par des Majors , sont en mode survie. Il s’agit pour eux de fermer la porte derrière eux, de caresser leurs distributeurs dans le sens du poil, d’utiliser les mêmes ficelles marketing, tout en donnant une image d’artisans. Monsieur Frèrebeau, le nouveau président, est l’archétype du jeune branché conservateur idéal . Fer de lance du combat d’arrière garde contre l’émancipation des musiciens par la toile, déjà président des Victoires de la musique où il a pris bien soin de ne rien changer au mode de scrutin qui favorise les Majors, il va se lancer dans la croisade de l’Hadopi avec force et vigueur aux côtés de ses amis de Warner sans qui sa société n’existerait pas, tout simplement. Voilà comment celui qui devrait logiquement défendre une autre vision de la musique que celle du conditionnement marketing des majors, qui devrait se réjouir du nouveau potentiel de promotion que constitue le partage libre des œuvres sur la toile, va lutter contre l’intérêt des vrais indépendants avec la bénédiction de tout le monde, un comble…

Le portail de la SACEM raconte la carrière de Monsieur Frérebeau. Elle commence chez EMI. Puis, il s’occupe d’un artiste flamenco produit par Polydor . Puis il produit Thomas Fersen pour Phonogram qu’il rencontre grâce à un ami, Fabrice Benoit, “aujourd’hui Directeur des Éditions Universal Music” précise-t-il. Ensuite il entre au service de Warner en 91. Et c’est Warner qui crée la société « Tôt ou tard » qu’il dirige aujourd’hui et où il récupère le très talentueux Thomas Fersen. Warner détient-elle encore 50% des parts de la société ? En tout cas elle distribue les disques…Les Majors adorent détenir des labels indépendants parce que c’est un segment de marché. Il existe des consommateurs qui n’achètent que des disques de labels indépendants…

Le système actuel fonctionne sur l’exclusion au niveau de la distribution. Pratiquement tous les soi-disant indépendants aujourd’hui sont distribués par des Majors. Lorsqu’ils ne se plient pas à cette règle, ils sont rachetés ou ils déposent le bilan. Lorsqu’ils se plient à la règle, ils jouent le jeu du marketing et du Star système qui ne leur laisse que des miettes. Quelques diffusions radio sur des FM confidentielles, quelques apparitions télé et quelques aides de la copie privée par exemple. Le gâteau est très petit, alors il s’agit surtout de faire gaffe que d’autres labels indépendants ne puissent pas se créer. Pour cela, l’astuce est de maintenir un accès au marché élevé. Pour lancer un artiste, vous devez non seulement le produire, mais détenir la capacité financière d’assurer une promotion de plus en plus chère, par la réalisation de clips et la diffusion de publicités par exemple…

Voilà pourquoi Majors, UPFI et SACEM luttent ensemble contre un système qui permettrait à des auteurs, des musiciens, interprètes, de trouver eux-mêmes, et pour eux-mêmes, les moyens de se produire, de diffuser, et de distribuer des produits sans passer par eux, sans leurs laisser leurs droits d’édition. Voilà pourquoi une rémunération directe des auteurs et éditeurs à partir d’une assiette plus large, par un nouveau système de répartition par la toile, menacerait l’ordre établit.

Alors, vous allez me dire qu’il existe des passionnés, des gens très compétents dans ces labels. Off course ! Vous allez me dire aussi que le musicien ne peut pas tout faire, qu’il a besoin d’aide, de services, de soutiens, que ce soit à la production, à la distribution, à la promotion, à l’organisation des tournées etc. Bien entendu. Mais alors, pourquoi ne serait-il pas libre de travailler avec qui il veut, quand il veut, et de détenir lui-même les moyens de décider quels seront ses prestataires de service ? L’artiste doit-il naturellement être placé sous tutelle ?

Demain si vous me donnez 40 000 ou 80 000 Euros pour produire mon album, croyez-moi, je saurai quels musiciens payer, quel studio d’enregistrement louer etc. ;-) Je n’ai pas besoin d’un tuteur comme Monsieur Frèrebeau, et surtout pas lui. J’aurai besoin, sans doute, d’autres prestataires extérieurs, mais je pense pouvoir les trouver tout seul, merci quand même.

Parce que, voyez-vous, je n’ai pas très envie de travailler avec des gens comme Jerôme Roger, par exemple, le Directeur Général de cette même UPFI, qui parle de “partage illégal de fichiers musicaux” au Midem 2008, et qui ne comprends donc pas ce qu’il fait, ce qui le fait vivre, ce qu’est la musique. Car la musique, la culture, c’est fait pour être partagé.

Le seul membre du conseil d’administration de l’UPFI avec qui l’on pourrait avoir envie de travailler, à la rigueur, c’est Patrick Zelnick, et je suis assez triste de le voir embourbé dans ce simulacre d’Union des indépendants qui, aujourd’hui, va mener un combat conservatiste et ultralibéral, alors que les labels indépendants ont toujours vécu essentiellement de leur image de modernité et de leur refus des logiques purement mercantiles.

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