Il existe des utopies réalisables et des utopies irréalisables. J’aimerais croire en ce que l’on appelle « les offres légales musicales » ou la VOD (Vidéo à la demande), ou encore le JVOD (le Jeu vidéo à la demande) qui faisaient encore l’objet de discussions enthousiastes hier, aux assises du numérique. J’aimerais pouvoir mettre mes fichiers mp3 sur Internet, les vendre, sans aucun intermédiaire, et devenir riche pour enfin pouvoir payer des vacances à ma petite famille. Ce serait assez simple, on reproduirait le modèle commercial des biens physiques (CD/DVD/cartouches de jeu) dans un monde de biens numériques (les fichiers numériques). C’est malheureusement parfaitement impossible, et toutes les expériences dans ce sens ont été des échecs depuis 1997, ou des succès très provisoires (Itunes par exemple). Cela n’a jamais été rentable et cela ne le sera jamais à moins de mettre en place une dictature faite de surveillance et de contrôle de la circulation des fichiers sur Internet, y compris dans les correspondances privées (le fichier attaché à un email cela existe). Car la vérité économique est têtue et incontestable: le fichier numérique est un bien non rival.
À force de parler de Pascal Nègre sur mon blog on va croire que j’en veux personnellement à ce monsieur ou alors que je lui fais de la publicité gratuite pour qu’il devienne lui-même «une marque» afin de préparer la sortie d’un disque produit par sa propre société. Rien de tout cela. Si je parle souvent de lui c’est parce qu’il est devenu la personnalité qui fait la pluie et le beau temps sur la musique dans notre pays, par sa position de patron de la principale major du disque et par son influence omniprésente sur cette filière et ses emplois ces dernières années. Hier dans une conférence de presse et ce matin sur France Info, le PDG d’Universal France (en place depuis au moins le sacre de Napoléon) tentait de justifier le principe de riposte graduée par un sondage absolument hilarant et une nouvelle expression pour un bêtisier futur qu’il faudra lui consacrer : « nous ne voulons pas surveiller les internautes, mais surveiller les œuvres ». Monsieur Nègre veut donc surveiller des fichiers culturels qui contiennent des informations sur les mœurs, la religion, la philosophie et la politique des individus. Et il nous sort cela comme si c’était normal, entre le café et le jus d’orange.
Taxer les pauvres pour donner aux riches, c’est la politique qui fait l’unanimité aujourd’hui dans le monde, inverse de celle de Robin des bois ou de Zorro. Nos héros fictifs se battaient contre une idée simple. Celle exprimée par Don Salluste, terrible collecteur des impôts incarné par Louis de Funès dans le filmla folie des grandeurs, au maire d’un petit village qu’il venait de déposséder de la quasi-totalité des fruits du travail paysan: « les riches c’est fait pour être très riche et les pauvres très pauvres ! » disait-il. La gauche elle-même semble se ranger aux côtés des Don Salluste. Elle abandonne peu à peu partout l’idée de taxer les riches pour donner aux pauvres, ce qui est le principe de solidarité, de redistribution, qui a permis à tous les Zorro de ranger leurs capes, et aux services publics de se développer (c’est ce que l’on appelle la proportionnalité de l’impôt). Car les gouvernements, de droite comme de gauche, une fois les mains dans le cambouis, sont confrontés à un problème semble-t-il insurmontable pour taxer les riches : la fraude fiscale par les paradis fiscaux. Les riches font semblant de payer l’impôt, les grandes entreprises aussi, et l’on y peut rien dit-on. Du coup, les pauvres, les chômeurs, les fonctionnaires et les malades deviennent responsables des déficits de l’état, les classes moyennes et petits entrepreneurs sont les seuls à payer des impôts exorbitants qui les découragent à travailler, et l’état se récupère sur la TVA sur l’essence et autres réjouissances. Quel rapport avec la musique et internet ? Un rapport direct.
La polémique fait rage entre Ségolène Royal et Bertrand Delanoë autour du terme « libéral ». J’écrivais moi-même un article sur le sujet, sur ce blog, en octobre 2006 que j’avais titré : « libéral ou pas ? ». Devant l’ambiguïté du terme, je me promettais à l’époque de ne plus l’utiliser et d’employer plutôt le terme « mercantiliste » pour désigner celui qui, tel Ronald Reagan ou Margaret Thatcher, ne jure que par la loi du marché pour résoudre tous les problèmes. Il existe en effet une utopie politique désignée dans le langage courant économique en France comme « libérale », ou « néo-libérale » ou encore « ultralibérale ». Force est de constater que depuis 2006, je n’ai pas tenu mon engagement de ne pas utiliser ces termes. D’abord parce que le terme « mercantilisme » désigne lui-même un courant économique. Ensuite, quand un qualificatif est bien ancré dans le langage courant, qu’il est utilisé dans tous les livres politiques et économiques, il est extrêmement difficile de le contourner. Alors qui a raison ? Ségolène ou Bertrand ? Réponse : les deux.
Hier l’émission de France Culture « du grain à moudre » organisait un match de double entre la paire Guy Bono et Philippe Aigrain contre la paire Pascal Rogard (SACD) et David El Sayegh (SNEP). Un match viril mais correct avec quelques tacles au niveau des oreilles quand même de la part d’un Pascal Rogard très en forme, en direct de Cannes, revigoré par l’air marin de la croisette. Il y espère sans doute le prix d’interprétation masculine pour son rôle de Beaumarchais au rabais. Monsieur Rogard apprécie naturellement le séminaire annuel petits fours et champagne avec notre nouvelle ministre de la culture beaucoup plus à l’aise sur les questions de conservation du patrimoine que de droit d’auteur sur Internet. C’est visiblement dans cet univers bling bling de concours de piston pour l’attribution de prix et subventions diverses que Monsieur Rogard trouve son épanouissement et des raisons de se satisfaire du système actuel féodal, hypermarketing et népotique de la création. Après le cinéma de Claude Berri et la musique de Pascal Nègre, il serait peut être temps de revenir aux auteurs. Bref, reste que Guy Bono et Philippe Aigrain ont eu beaucoup de mal à contrer un argument simple mais pertinent de leurs adversaires : « qu’est-ce que vous proposez d’autre que la riposte graduée ? ». Il s’agit donc à présent en effet, de définir de manière précise, par exemple, ce que l’on entend par « licence globale ». Et ceci avant l’étude du texte de loi prévu, aux dernières nouvelles, cet été.
« Axel » est un nom scandinave qui vient de l’hébreux Absolum qui veut dire « le père de la paix » ou « Mon père, c’est la paix » selon les traductions. Je ne suis pas scandinave pour autant, ni juif, à ma connaissance, du plus loin que je puisse connaître ma généalogie, c’est-à-dire très peu de temps. Je sais que je suis, au plus proche dans le temps (1), le fruit d’un mariage mixte entre une famille catholique et une famille protestante à une époque où c’était enfin possible. Cela aurait été problématique, encore, deux générations à peine avant la mienne, on aurait refusé à mes parents de se marier. Au final je suis athée. Cela ne m’empêche pas de m’intéresser à la philosophie en général et donc, aux religions. Et en particuliers, aux textes religieux souvent riches en enseignements sur ce que nous étions hier, ce que nous sommes aujourd’hui et ce que nous serons demain. J’ai découvert par exemple cette semaine que le Vatican s’intéressait fortement à l’économie du don sur Internet. Et cela ne m’étonne pas.
Quand je pense à tous ceux qui se vantent d’avoir participé à Mai 68 alors que la plupart du temps, c’est faux. Moi j’ai participé à Mai 68. Je suis né le 16 Mai 1968. J’ai poussé mon premier cri quand un type en blouse blanche m’a forcé à sortir d’un endroit où j’étais si bien, pour un endroit où les poubelles s’entassaient et où des enfants gâtés chevelus se battaient contre des imbéciles qui préféraient faire la guerre plutôt que l’amour… J’étais mauve de rage ! Voilà le vrai type qui veut faire notre bonheur contre notre volonté : le gynécologue. Parce que par sa faute aujourd’hui j’ai attrapé la pire des maladies : j’ai 40 ans. Avoir 40 ans est une maladie dont on meurt à petit feu. Aujourd’hui c’est la fête de ceux qui me détestent. Continue Reading »
Communiqué de presse de l’eurodéputé Guy Bono (PSE), à l’origine de l’amendement condamnant la riposte graduée, voté le 10 avril 2008. Bruxelles- Guy Bono s’indigne devant les amendements liberticides déposés dans le cadre du “Paquet Telecom”, actuellement débattu au Parlement européen. ” Depuis la résolution du Parlement européen du 10 avril dernier condamnant le principe de la riposte graduée, on assiste à des attaques tout azimut des grandes majors du disque qui essayent de faire passer en force leurs propositions liberticides, économiquement infondées et à contresens de l’histoire du numérique”. Continue Reading »
Lundi 12 Mai dans l’après-midi j’ai regardé pour la 15 ème fois peut être, la version 76 de King Kong diffusée par France 2. J’ai vu des choses que je n’avais pas vu les fois d’avant. Les effets spéciaux désuets et les personnages caricaturaux sont jubilatoires, mais pour moi ce film est bel est bien une œuvre du 7ème art, dans le sens où aujourd’hui, en 2008, on peut affirmer qu’elle était visionnaire, essentiellement en raison de son scénario génial signé Lorenzo Semple.
Voilà l’expérience que j’attendais depuis un moment. Jusqu’à présent, le partage de musique en CC était considéré comme une alternative pratiquée par des groupes ou musiciens marginaux exclus du circuit traditionnel. Ils sont déjà quand même plusieurs dizaines de milliers sur la toile, mais les maisons de disques et la SACEM persistent à ignorer cette logique de manière totalement incompréhensible. Cette fois, c’est un groupe américain à la renommée internationale, qui génère un chiffre d’affaire conséquent, qui tente l’expérience Creative Commons, sous l’impulsion de son chanteur leader Trent Reznor. Le dernier album de Nine Inch Nails est en effet disponible en plusieurs formats au téléchargement, on peut le partager librement, l’utiliser librement dans le cadre non lucratif et les remix sont autorisés. Une version CD et une version Vinyl seront bien vente en Juillet, mais surtout, le groupe compte se récupérer sans doute sur une tournée à venir et la vente de «merch» divers et variés (comprenez merchandising=produits dérivés). Parmi ces produits dérivés, je me suis arrêté sur ce livre au format luxueux qui accompagne un coffret. Selon génération mp3, les 2500 exemplaires à 300 dollars de ce coffret seraient déjà vendus, soit déjà 750 000 dollars de CA quand même… Il faudra suivre de près les résultats financiers de cette expérience, car pour moi c’est le modèle économique le plus cohérent avec la révolution numérique.
“La liberté d’expression suppose que l’expression soit en état d’atteindre qui que ce soit, ce que permet l’Internet. Ce média doit rester ouvert à tous.” Michel Rocard