Etre un responsable de la SACEM, c’est être au service des auteurs et compositeurs de musique. C’est un privilège que de se battre pour assurer la juste rémunération de ceux qui, produisant de l’immatériel, sont toujours tributaires des transferts de ressources provenant des sociétés qui réalisent des profits par l’utilisation de leurs œuvres: télévisons, radios, maisons de disques, sociétés de l’internet etc. Mme Catherine Kerr-Vignale, est membre du directoire et directrice des relations clientèles, elle était l’invitée hier soir de l’émission Radio France: le téléphone sonne, en direct du MIDEM à Cannes. Et à mon sens, elle a commis alors au moins trois erreurs majeures. Decryptage audio…
Le MIDEM à Cannes débutait ce week end, et toute une filière persiste encore à ignorer l’avénement de la gratuité totale du fichier musical sur Internet, qui s’impose chaque année encore un peu plus. Ses dirigeants et les pouvoirs publics, font perdre un temps précieux à la transformation des modèles économiques, mettant en danger des centaines de salariés pour préserver quelques rentes de situation. Ce matin (28/01) sur RMC et BFM TV, Jacques Attali explique pourtant que le numérique dans sa globalité, correctement développé, avec de nouveaux équilibres et de nouveaux transferts de ressources, constiturait à lui seul 1 point de croissance pour notre pays, s’exprimant clairement contre le filtrage et la surveillance sur Internet. J’ai vraiment l’impression que c’est toute une industrie qui ne comprends même pas ce qu’elle fait, la nature même de ce qu’elle produit. Une preuve encore, l’histoire de Mika. Alors que son excellent album est N° 1 des ventes cette année, il explique dans une vidéo sur Youtube extraite de l’emission TV Taratata, que son inspiration est venue d’une défiance à l’egard d’un dirigeant de maison de disque. Celui-ci, après avoir écoutés les 33 maquettes du jeune artiste, voulait absolument lui faire écrire du Robbie Williams ou du Craig David, artistes alors en tête des ventes. De retour chez lui, Mika compose alors, dans un esprit de revanche contre l’arrogance de celui qui voulait lui dicter ce qu’il devait écrire, le titre qui allait devenir un tube planétaire : « Grace Kelly ». “Vous voulez que je ressemble à Robbie Williams ou Craig David ? Et bien moi je préfère ressembler à Grace Kelly ! “ Voilà le sens de cette chanson qui est devenue N° 1 ! Où comment l’industrie musicale la plus obscure, risque fort d’alimenter demain, la créativité la plus flamboyante, contre elle-même. Car une des définitions du mot dictateur, pourrait être : celui qui dicte la musique que l’on doit écouter et la manière dont on doit l’écouter , l’écrire et l’interprèter.
Jacques Attali sur BFM/RMC info le 28/01/2008 (extrait audio):
Le rapport de la commission pour la libération de la croissance française présidée par Jacques Attali fait une distinction entre la contrefaçon de produits physiques, et le peer to peer: “Les auteurs et interprètes des oeuvres musicales et audiovisuelles, aujourd’hui souvent téléchargées gratuitement sans que les créateurs soient rémunérés, doivent recevoir une juste rémunération. C’est la condition de la croissance du secteur. Toutefois, il convient de distinguer clairement la copie physique de la copie virtuelle. La copie physique, qui revient à vendre ce qu’on ne possède pas, obéit à la législation sur la contrefaçon et la piraterie. La copie virtuelle, qui revient à donner ce qu’on a reçu, est d’une autre nature.”
Suite à la discussion hier d’un projet de rapport sur les industries culturelles de la commission culture du parlement européen dont je parlais dans un précédent article. Les amendements reprenant les préconisations du rapport Olivennes auraient été rejetés grâce à une mobilisation sans précédent des internautes européens auprès de leurs députés.
Le rapport de la commission pour la libération de la croissance française présidée par Jacques Attali se trouve bien ce matin en téléchargement gratuit sur le site de la documentation française, comme prévu depuis le début de cette commission. Comme pour les autres rapports publics depuis une décision de Lionel Jospin en 1997 (le discours d’Hourtin), sa publication gratuite n’empêche pas qu’il puisse bénéficier d’un contrat de co-édition, comme ce fut le cas de tous les grands rapports publics de ces dernières années. L’éditeur s’engage alors à laisser le document en accès gratuit sur le site de la documentation française, tout en éditant une version agrémentée, s’il le souhaite, de bonus, explications, références etc.C’est exactement le principe que je défends ici pour la musique au travers des licences Creative Commons (Non commercial/Non remix). De surcroit, dans le cas présent, les droits d’auteurs de la version papier sont reversés, non pas aux auteurs de la commission, qui je le rappelle, sont tous bénévoles, mais à l’état par l’intermédiaire de la documentation française. Un journaliste des Echos, au lieu de commenter à l’avance les principales mesures sur le fond comme l’ont fait la plupart de ses collègues, a simplement copié/collé un brouillon du rapport une semaine avant sa publication gratuite (quelle performence journalistique!). L’editeur XO a donc porté plainte car il s’estime victime d’un préjudice, lui qui a déjà accepté une publication gratuite sur le site de la documentation française et engagé des frais pour publier la version papier. La publication des Echos est en effet, rappelons-le, une publication privée qui bénéficie bien a des acteurs privés: les actionnaires des Echos. Si une “privatisation du rapport public” a eu lieue, n’est-ce pas donc plutôt le fait des Echos qui prive l’état des ressources de la vente de la version papier ? Cette histoire assez claire et assez simple, se transforme actuellement sur le Net en une rumeurs populiste de la pire espéce. Je souhaitais juste ici, modestement, rétablir la vérité sur cette polémique. Et vous constaterez ainsi que quelquefois, ce sont les blogs qui rectifient les approximations des journaux traditionnels. Continue Reading »
Nous sommes entrain de nager en plein délire musical. Alors que la jeunesse semble retrouver le goût de la danse au travers d’un mouvement issu de la toile : « la techtonic », les collèges et lycées appliquent actuellement une règle curieuse dans les cours de récrée : « l’interdiction des regroupements musicaux » ! La maison de disque EMI annonce une nouvelle vague de licenciement et ses principaux artistes quittent le navire. La société d’investissement qui en est propriétaire demande à ce que chaque chef de produit de la maison de disque élabore désormais un « buisness plan » rigoureux pour chaque sortie de disque, histoire de s’enfoncer encore plus dans la musique dont personne ne veut, celle produite sur des tableaux Excell. Et pour couronner le tout, malgré des chiffres éloquents et des articles de presse démontrant que la chute des ventes de CD ne sera décidément jamais compensée par les ventes de fichiers à l’unité, le parlement européen risque fort d’adopter en ce début de semaine un amendement de filtrage et de surveillance de l’Internet inspiré du rapport Olivennes. C’est quand le réveil là, qui me pince ?
Notre président de la république affirmait hier : «Je veux que l’on réfléchisse à une suppression totale de la publicité sur les chaînes publiques». Je sais que certains de mes amis du Parti Socialiste ne vont pas aimer cet article mais je suis un homme libre et qui sait souligner des réformes salutaires lorsqu’elles peuvent être présentées, y compris, par Nicolas Sarkozy et ses conseillers. Et je pense que le Parti Socialiste aurait intérêt à soutenir cette réforme là, lui qui a oublié de la proposer alors qu’il aurait dû le faire depuis longtemps, elle aurait dû même être au centre de sa politique. En effet, dans mon livre « la révolution musicale » page 194, dans le chapitre consacré à ma proposition de la mise en place d’une redevance sur les fournisseur d’accès que j’appelle la PPCI (Participation à la Production de Contenus sur Internet) vous pouvez lire ceci: « cette question pourrait par exemple être traitée dans le cadre d’une refonte globale de la redevance audiovisuelle, à l’heure où il semble dérisoire de financer une chaîne comme France 2, dont le financement publicitaire, les programmes et la stratégie d’audience sont désormais équivalents à ceux des chaînes commerciales telles que Tf1 ou M6. »
J’ai quelques statistiques de fréquentation sur ce blog et de temps en temps je vais voir par où arrivent les connexions. J’ai découvert cette semaine, comme cela par hasard, qu’un podcast américain localisé en Arizona avait diffusé en 2006 une de mes chansons: « Le vide », en introduction au premier épisode d’une émission consacrée au cinéma français ( ?). J’en suis assez fier, parce que le programmateur de cette séquence a choisit un morceau de musique en Creative Commons, que j’ai enregistré seul à la maison, juste piano voix. Ce titre n’a jamais été commercialisé, il n’est jamais passé à la radio, et je ne suis pas un chanteur connu. J’ai donc réellement l’impression que l’on a aimé cette chanson, tout simplement. Et cela n’a pas de prix quand on cherche de la motivation en écrire encore des chansons. ;-). http://www.cinefolle.org/2006/06/episode_1_et_di.html
“Espérons que la même erreur ne sera pas commise avec la révolution informatique que nous sommes entrain de vivre. Bien utilisée elle pourrait permettre de donner la plus grande part de notre temps, non pas aux activités subies… mais aux activités choisies.” Albert Jacquard