Oct 16 2007
Denis Olivennes va-t-il nous sauver du terrible péril rouge ?
Alors que la commission Olivennes vient d’auditionner ses ennemis de l’APRIL (les défenseurs du logiciel libre), on sait déjà depuis le début, contrairement à la commission Attali dont les conclusions ont surpris tout le monde, ce que vont être les mesures préconisées au gouvernement pour « lutter contre le téléchargement illicite ». Pour bien comprendre la logique du PDG de la FNAC et de son conseiller économique Olivier Bomsel, il faut comprendre leur état d’esprit. Pour eux, il y a d’un côté les marchands honnêtes qui financent la musique (qui est aussi une marchandise disent-t-ils), et de l’autre, de terribles nuées de sauterelles héritieres d’une « haine du commerce » qui trouve son origine dans les théories anarcho-communistes. Vous pensez que je plaisante ? Penchons-nous sur le livre de Denis Olivennes, révélateur de confusions aussi bien dangereuses, à ce niveau là, sur le plan politique que sur le plan économique pour toute une filière et ses emplois.
Le livre de Denis Olivennes est édité par Grasset et son titre est « la gratuité, c’est le vol ». Je vous conseille de l’acheter car c’est du lourd, du collector. Pas tant pour l’objet, qui est affreux, mais dans sa capacité à créer du lien. Car la valeur principale d’un livre, comme d’un morceau de musique, c’est sa capacité à créer du lien. Et pour le coup, ce livre a beaucoup de valeur tant il est susceptible de créer du lien…chez les adversaires de la répression du téléchargement sur Internet.
Et on commence dès la première page ligne 15:
« la culture est un objet de commerce. » (sic)
Monsieur Olivennes répète cela à longueur de temps, et c’est tout simplement faux, excusez-moi. Littéralement, la culture vient du mot « culte », il s’agit d’échanges symboliques dont le but est de créer un « nous », une identité collective. « Nous avons laissé se déployer la mythologie d’une culture qui existerait hors du marché. » dit-il. Mais la culture a existé bien avant que le marché n’existe ! Dès que les hommes ont enterrés leurs morts ! Il y a la culture d’un côté, et le produit dérivé culturel de l’autre. Et l’une n’a rien à voir avec l’autre dans sa nature. Cette confusion est grave car tout le reste en découle…
Ensuite, je passe sur les détails pour ne pas être trop long on pourrait en faire une conférence…Les trois quarts de ce livre consistent à démontrer que ce qui se passe actuellement sur Internet avec le téléchargement sur les P2P, provient d’un vaste complot rouge constitué de « l’UFC-Que Choisir et Le Monde diplomatique, Christine Boutin et l’Asssociation des audionautes, l’aile gauche du Parti socialiste et AOL, Libération et le Wall Street Journal » Tout ce beau monde « cultivant l’utopie de la bonne société sans le marché.» Cela va faire plaisir à Christine Boutin de se retrouver au milieu de cette caricature…
Plus sérieusement, il faudra quand même rappeler à Monsieur Olivennes que François Bayrou, qui n’est pas un anarcho-marxiste, était opposé aux volets répressifs de la DADVSI tout comme le député UMP Alain Suguenot qui avait déposé avec Didier Mathus le fameux amendement souhaitant imposer une licence globale . En outre, il avait été voté après une intervention passionnée d’un autre député UMP : Marc Le Fur.
(A lire à ce propos cet article du Journal du Net).
Non, décidément, pour Denis Olivennes, « le vrai séisme est lié au fait que l’émergence de nouveaux modèles de production et de consommation s’accomplit sur fond de culte de la gratuité. » Monsieur Olivennes, la culture de la gratuité est-elle aussi une marchandise ? Non je plaisante…
Et puis…Miracle…Page 95 d’un bouquin qui en comporte 132…Un éclair de génie ! Après avoir passé les 95 premières pages du livre à expliquer en quoi nous devrions nous méfier des communistes et de leur haine du commerçant je lis ceci : « A-t-on affaire à une communauté mondiale d’idéalistes détestant la société de consommation ? Il y a lieu d’en douter puisque ce sont les mêmes qui se ruent sur les joujoux technologiques dernier cri, les vêtements de marque et les sonneries de téléphone ! » Ben voilà. Les 10 millions de français, et les centaines de millions d’internautes dans le monde qui téléchargent des œuvres gratuitement sont juste…des consommateurs !
Ce livre aurait juste dû commencer là.
Mais il en aurait eu moins de valeur symbolique et éducative sur les origines des freins à l’innovation qui conduisent nos responsables au conservatisme.
Proudhon et Marx, franchement, je vais vous dire, je ne les ai jamais lu et je m’en moque comme de ma première chemise. Joseph McCarthy et Margareth Thatcher non plus ça ne me branche pas des masses. Je suis juste un social-démocrate, excusez-moi, c’est moins spectaculaire. Et c’est comme cela aussi que se définissait Denis Olivennes il y a peu de temps encore, c’est triste.
5 de réponses to “Denis Olivennes va-t-il nous sauver du terrible péril rouge ?”







Excellent billet. Quand je lis Denis Olivennes, je ne peux m’empêcher de repenser chaque fois à ses 95 % de références CD qui ne se vendent qu’une fois par an et par magasin (c’est-à-dire qu’ils rapportent quelque chose comme 20 centimes par jour à leurs artistes). C’est une certaine vision de la culture que cette vision marchande-là.
Gageons que ça n’est pas celle de ces 95 % d’artistes qui, clairement, ne vivent par grâce à la Fnac.
Salut Guillaume ! Très content de te lire ici, tu fais un travail tellement énorme (Guillaume est le rédac en chef de http://www.ratiatum.com).Ce qui me fais marrer d’ailleurs, c’est que certaines personnes de l’industrie du disque te détestent alors que c’est toi qui les informe et qui leur permet de rester un petit peu à la page; largués qu’ils sont…Bon bref. Moi je n’ai aucune haine pour la FNAC ! J’ai même de l’amour ! J’y ai rencontré ma femme il y a plus de 16 ans maintenant ! J’étais vendeur elle était hôtesse de caisse !
Alors vraiment cette histoire est ridicule.
La vérité c’est qu’il va falloir trouver de nouvelles pistes de rémunération pour la filière tenant compte d’une gratuité qui va s’imposer, que Denis Olivennes le veuille ou pas. Il ne fait juste que freiner tout le monde.
Et quand je vois qu’en plus il se précipite dans les bras du téléchargement payant à l’unité et donc à l’arrivée, de Google, Apple et Microsoft alors là c’est le comble ! Au chômage les vendeurs FNAC !
Il me semble que d’abord, j’aurais pensé à retravailler sur l’objet en l’adaptant à la gratuité des échanges.
ce qui est encore plus incroyable, c’est que l’industrie du disque accepte le principe de http://www.deezer.com où tu peux écouter en streaming en qualité normale et donc enregistrer en même temps que tu écoute, puis graver le mp3 ! J’ai fais ça ce matin, et je n’ai pas regardé une seule pub ! lol
Ils sont vraiment à côté de la plaque, philaxel il a raison, tout va être gratuit alors pourquoi freiner tout le monde !
«Tout va être gratuit», pas tout à fait.
Il est plus probable que l’accès à la musique enregistrée va être gratuit ÉGALEMENT. Il l’est déjà via le peer-to-peer et le téléchargement direct qui se développe énormément (Rapidshare…), il commence à l’être légalement via Deezer et consors, et on peut supposer que les offres gratuites financées par la publicité sont encore amenées à se développer.
Cela ne signifie pas que l’accès aux enregistrements ne puisse pas être monnayé. Il faudra cependant que ça passe par la mise en valeur du service (j’achète parce que c’est plus simple qu’autrement). Parmi les choses à construire ou mettre en valeur: qualité CD, catalogue large, facilité d’utilisation, artwork numérique/numérisé, etc.
Ceci en parallèle des services (scène, peut-être des services complémentaires?) et des supports physiques «fétichistes» au sens où leur rôle n’est presque plus l’accès à l’enregistrement (cf. l’offre «Premium» pour le nouvel album de Radiohead, mais il y a quantité d’exemples antérieurs).
Je ne sais pas trop comment tout ça se combinera et dans quelles proportions, mais l’accès aux enregistrements n’est qu’un aspect du marché de la musique.
En effet Florent, la musique est gratuite à la télé et à la radio. La gratuité de l’écoute et du partage ne veut pas dire la fin de l’économie de la filière musicale, mais bien le début d’une nouvelle économie. L’heure est à chercher les pistes pour capter la valeur où elle se trouve, et pas à pleurnicher auprès du ministre de la culture. d’ailleurs je ferai remarquer aussi à Monsieur Olivennes qu’ont eu lieu des travaux , notamment à la FING pendant plus d’un an, avec plus d’une 40 aine de professionnels de la filière, dont les conclusions furent les mêmes que les miennes. Curieusement, ça ne l’interesse pas. Alors qui est dans une posture idéologique ?
http://www.philaxel.com/?p=60